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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/505

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pour six ans de responsabilité personnelle dans cette période séculaire de calamités. Le traité de Brétigny n’a pas été le résultat immédiat de la bataille de Poitiers ; les brouillons de Paris, qui pendant les-quatre ans de captivité du roi ont pesé sur l’administration de l’état, sont plus responsables que le roi Jean des charges et pénuries qui ont grevé les années écoulées de 1360, date du traité, à 1364, date de la mort du prince. La culpabilité dans les malheurs de 1356 à 1360 est à la charge d’Étienne Marcel et de la jacquerie, et la plupart de nos historiens paraissent l’avoir oublié en mettant au compte du roi Jean tout, seul les altérations, de monnaies que l’on relève de 1350 à 1364.

Nous devons aux travaux de Leblant, rectifiés par la patience merveilleuse de Secousse, le tableau prodigieux des variations, de la monnaie pendant les temps dont nous parlons. Si on veut l’examiner avec attention, on y verra que le mouvement de crue et de faiblesse dans le titre des monnaies est moins accéléré sous le roi Jean que sous Philippe de Valois. Les altérations toujours fort nombreuses n’y dépassent pas en général quelques deniers pour le marc d’argent, et la proportion est analogue pour le marc d’or. Si quelque chose étonne encore, c’est la naïveté, la publicité, la répétition de la pratique. Il est incontestable que le roi Jean avait trouvé les choses en tel état, qu’il ne restait guère plus de mal à faire à cet égard. Les états demandèrent que ce genre d’impôt calamiteux fût remplacé par les tailles et les aides. Les trois premières ordonnances du roi Jean avaient eu pour objet la meilleure organisation de la chambre des comptes. Elle précéda une grande ordonnance de 1351, qui était comme la garantie d’une plus droite administration en fait de règlement, monétaire ; on y voit que « à grand peine étoit homme qui au juste paiement, des monnoies de jour en jour se put connoître. » — On vécut près d’un an sur cette ordonnance ; puis l’habitude et les besoins ramenèrent aux mauvaises pratiques. On y intéressa le menu peuple et les ouvriers par l’augmentation des salaires et des lois de maximum. Les états réclamèrent avec persistance ; mais l’abus fut plus tenace que la réclamation.

Noms n’avons encore que des documens indécis et vagues sur les assemblées qui ont devancé celle de 1302, et même sur celles qui l’ont suivie jusqu’à 1350. Si l’assemblée de 1302 ne fut pas la première où les trois ordres aient été régulièrement réunis, elle est restée celle dont le souvenir a le plus frappé l’opinion. Il est certain que des assemblées au moins partielles ont eu lieu précédemment à diverses époques, et nous regrettons que M. Stadler n’ait pas encore publié les recherches auxquelles il s’est livré à cet égard. L’ouvrage de Dupuy est resté la source incomplète d’information sur l’assemblée de 1302. Les documens originaux nous manquent aussi