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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/455

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vinces rhénanes. Le système de la conservation forcée, qui a été au moyen âge et jusqu’à la révolution française une des causes les plus actives de la prépondérance des Français, des Allemands et des Anglais, a bien trouvé quelques partisans parmi leurs économistes ; mais il est trop en contradiction avec nos modernes principes de liberté individuelle pour qu’on en souhaite le retour. Le régime de la liberté testamentaire, auquel nous serons peut-être obligés de revenir pour résister aux tendances socialistes, n’est pas en plus grand crédit chez nos voisins ; mais, si l’autorité paternelle ne trouve pas son appui dans la loi, comme chez les Anglais, elle se fonde sur le système d’éducation le plus propre à développer chez l’enfant, en même temps que le sentiment religieux, qui est la base de tout progrès moral, et l’amour de la patrie, dont on s’occupe si peu dans nos écoles, le respect de l’autorité sous toutes ses formes. En France, nos écoliers apprennent à lire, à écrire, à compter : ils savent par cœur le catéchisme ; on leur donne quelques notions d’histoire sainte, et c’est tout. La première communion faite, ils retournent aux champs, ou à l’atelier. On leur a appris de Dieu que c’est un pur esprit en trois personnes ; de leur pays, naguère encore on ne leur soufflait mot, et quand un ministre dont je n’ai pas à parler voulut introduire dans l’enseignement primaire un cours d’histoire nationale, ce fut à qui lui jetterait la pierre et l’accuserait de vouloir corrompre la jeunesse. C’est avec ce mince bagage que l’enfant sort de l’école pour entrer dans la vie. Qu’a-t-on fait cependant pour lui inspirer le respect de la discipline, l’amour de la vertu et de la patrie ? Bien peu de chose en vérité, et, s’il ne se corrompt pas, s’il demeure laborieux et honnête, quand il aura perdu avec les années cette puérile crainte de l’enfer, le seul frein qu’on lui ait imposé, que lui restera-t-il ?

J’ai pu visiter en détail les établissemens scolaires de Bonn ; ce qui m’a le plus frappé, c’est précisément le soin tout particulier que le maître donne à l’éducation de l’enfant, à son développement moral. À côté de l’enseignement religieux, répandu dans toutes les écoles, et qui consiste, comme chez nous, dans la lecture et la récitation du catéchisme, le magister est tenu de faire un petit cours d’histoire et de morale. Ce n’est assurément ni de l’histoire bien sévère, ni une morale bien élevée. Ce sont le plus souvent de petites anecdotes tirées de différentes époques de l’histoire de l’Allemagne, des biographies, les hauts faits de Frédéric Barberousse, ou des Othon, — des légendes, dépouillées de ce qu’elles pourraient avoir de trop surexcitant pour de jeunes imaginations, mais qui conservent encore toute leur fraîcheur, — des traits de courage et d’hé-