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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/365

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se réserve de faire périodiquement une révolution, où par conséquent le provisoire est tout ce qu’il y a de plus ordinaire et où le provisoire même n’est pas sans avantage, surtout lorsqu’il a pour résultat de réserver au pays son droit, de préserver la souveraineté nationale des aliénations brusques et irréfléchies. Nous ne méconnaissons pas l’importance de la stabilité et des solutions définitives ; mais, comme après tout la politique consiste à faire ce qui est possible, l’unique question est de savoir ce qui est opportun et réalisable aujourd’hui.

Ce qui est possible, c’est ce qui existe, c’est cette république de raison et de nécessité qui n’est une défaite pour personne, puisqu’elle est la souveraineté nationale en action, puisqu’elle est le bien de tout le monde. Ne voit-on pas que, toutes les fois qu’on approche de ces questions, il s’en échappe comme des flammes incendiaires, que la guerre civile n’a pas besoin de nouveaux alimens, que ce définitif qu’on tient à proclamer aurait nécessairement contre lui tous les autres définitifs, et que bientôt renaîtraient plus ardentes les divisions de partis qui, elles aussi, sont en ce moment une menace pour l’unité nationale ? Est-ce qu’en dehors de ces questions irritantes il n’y a point assez à faire aujourd’hui ? La paix, maintenant signée, nous met en face de notre situation : nous avons une colossale indemnité à payer, nos finances à mettre au niveau de nos charges, notre système d’impôts à remanier, nos budgets à simplifier.

Les cruels événemens qui viennent de nous éprouver ont mis à nu les lacunes et les faiblesses de notre organisation militaire, de notre organisation administrative, de notre instruction publique et de ce que nous pourrions appeler notre manière de faire des hommes : c’est pour nous une obligation impérieuse d’aborder tous ces problèmes sans parti-pris et sans défaillance. Les révolutions et les mauvais gouvernemens ont laissé des habitudes à déraciner, des enseignement à faire fructifier, des passions à calmer ou à réprimer. Nous n’en finirions pas, si nous voulions énumérer tout ce qui reste à faire. Et qu’on remarque bien que ces questions de régime définitif offrent pour l’assemblée le danger de déchiremens redoutables ; il y a au contraire une sorte d’apaisement dès qu’on rentre dans le domaine des problèmes de notre organisation : l’étude en commun et un instinct de patriotisme rapprochent les partis ; entre les hommes des camps les plus divers, il y a émulation de libéralisme lorsqu’il s’agit par exemple d’élargir la vie municipale, comme il y a émulation de sentimens conservateurs lorsqu’il s’agit de combattre l’anarchie, d’établir un régime de garantie efficace pour l’ordre public. Ayons donc patience, comme le disait l’autre jour M. Victor Lefranc, et pour des résultats douteux ou prématurés, ne sacrifions pas ce qui est le caractère et la force de la situation actuelle. Écartons ce qui divise, et, restons sur le terrain où tous les hommes de bonne foi et de bonne vo-