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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/342

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LA THÉOCRATIE ROMAINE




Si nous interrogeons les théoriciens sur les conditions de l’existence et de la prospérité des états, nous recevons deux réponses bien différentes. Suivant un premier point de vue, défendu entre autres par Hobbes, la base essentielle des sociétés, c’est la force. Ce système mène à la monarchie absolue à travers l’aristocratie. D’après une autre opinion, formulée par Rousseau, l’état repose sur le consentement, sinon de tous, au moins de la majorité. Cette conception aboutit à la république démocratique, sans éviter pour cela l’absolutisme. Si nous recherchons maintenant laquelle des deux théories trouve sa confirmation dans les faits, laquelle par conséquent mérite notre confiance, voici ce que nous trouvons.

Hobbes et Rousseau ont raison l’un et l’autre ; mais chacun d’eux ne voit qu’une des faces de la vérité. Le philosophe genevois exprime les aspirations de l’humanité : il montre le but vers lequel nous marchons ; seulement il ignore les moyens de l’atteindre. Le penseur anglais est un réaliste ; le point d’arrivée se dérobant à l’expérience pour ne se révéler qu’au sentiment, il ne s’en préoccupe guère. Il se borne à chercher la voie que, sous la double pression des besoins et des circonstances, l’humanité suit pour se rapprocher d’un terme inconnu. Il n’est point nécessaire que le chemin mène droit au but. Dans tous les domaines de l’activité de l’homme, nous voyons se réaliser l’affirmation paradoxale de Platon, suivant laquelle les contraires naissent des contraires. Il faut reculer pour mieux sauter, semer pour récolter, se priver pour jouir : c’est bien souvent en s’éloignant en apparence de la liberté qu’en réalité on s’en rapproche le plus.

Dans le développement des sociétés, la force et le consentement jouent donc chacun leur rôle, qu’il s’agit maintenant de préciser. La force peut être employée à l’extérieur pour écarter les dangers en en détruisant les causes. On peut s’en servir aussi à l’intérieur pour contraindre les citoyens à obéir ; mais la force ne peut que détruire et