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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/340

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jusqu’au Kiang-si avec l’intention de séjourner seulement quelques mois dans cette province. Déjà très persuadé que la plus belle contrée du centre de la Chine est la partie occidentale du Sse-tchouen, il tenait à voir promptement cette terre favorisée.

Le Kiang-si, au moins dans les environs de la ville de Kin-kiang, est une région pauvre, surchargée d’habitans. Le pays étant complètement déboisé, les mammifères et les oiseaux y sont très rares, au moins dans la saison d’été. La contrée, plus riche dans la partie du sud-est, ressemble beaucoup, par ses productions, à la province limitrophe de Fou-kien, que les savans anglais ont explorée.

La grande province de Kiang-si est comprise entre le 24e et le 30e degré de latitude. Au nord, le lac de Poyang en. occupe le centre, et d’innombrables montagnes forment une vaste enceinte ; les cours d’eau, alimentés surtout par les grandes pluies du printemps et de l’automne, se déchargent dans le lac. La seconde moitié de l’automne et l’hiver sont les époques des belles journées. Les montagnes sont en général peu élevées, et les plus considérables établissent la séparation entre le Fou-kien et de Kiang-si. Il y a de nombreux dépôts carbonifères qui sont exploités ; mais dans le district de Kin-kiang le charbon fait défaut, et, pour les habitans de la ville, le combustible ordinaire se réduit à de la paille, à des herbes sèches, à de misérables broussailles qu’on coupe au ras de terre sur les collines environnantes. On peut acheter, il est vrai, du charbon minéral amené de l’intérieur ou de la province de Hou-nan, mais l’emploi de ce combustible est un luxe qui n’est pas à la portée des pauvres gens. L’eau abonde dans les environs de Kin-kiang [1] ; partout ce sont des fleuves ou des rivières, des lacs et des étangs qui, pour la plupart, communiquent avec le Yang-tse-kiang. Le Fleuve-Bleu, qui coupe le nord de la province, a dans cet endroit une largeur d’environ 1,500 mètres ; quant à la profondeur, elle varie considérablement suivant les saisons. Un résident anglais à Kin-kiang, M. Hollinworth, a constaté une différence de niveau de 10 à 12 mètres. L’inondation envahit le pays presque chaque année, et sans bateau il serait impossible de sortir des maisons.

Aux environs de la ville, au sud du Yang-tse-kiang, le terrain est parsemé de petites collines très accidentées, tandis qu’au nord du grand fleuve la plaine s’étend à perte de vue. La montagne la plus remarquable, appelée Ly-chan, haute d’environ 1,200 mètres, est située à 4 lieues au sud de la ville. Dans toute la contrée apparaissent les roches sédimentaires, des grès schisteux, mêlés de quartz, des calcaires bleus, et une roche argileuse qui constitue la

  1. Kin-kiang signifie les neuf fleuves.