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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/284

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rondissement seraient chargées de ces services locaux. Toutes les passions ne seraient pas éteintes par ces franchises de quartier. Quoi qu’en dise M. Jules Favre, il y a et il y aura toujours dans une immense ville comme Paris d’autres gens que des citoyens probes et intelligens ; mais ce serait un grand point que d’avoir assuré à chaque arrondissement une indépendance relative, que d’avoir développé dans chacun d’eux la vie locale et aussi la vie de quartier ; au point de vue administratif, de même qu’au point de vue politique, ce serait un progrès immense.

Mais comment faire le partage des recettes et des dépenses entre ces localités multiples ? Voilà la grande objection. La principale source des recettes de Paris n’est-elle pas une et indivisible, l’octroi ? Cet obstacle cependant n’en est pas un. Nous voyons fonctionner à nos côtés avec le plus grand succès le Zollverein ou l’union douanière allemande, en dépit de la diversité et de la variété des états qui entrent dans cette association. Est-ce que les charges et les ressources ne s’y répartissent pas d’après des bases faciles à établir, qui n’ont rien d’arbitraire, et qui n’excitent presque aucune contestation ? Les divers arrondissemens de Paris seraient par rapport aux produits de l’octroi exactement dans la même situation que les différens états d’Allemagne par rapport aux recettes du Zollverein. Est-ce que nous ne voyons pas depuis bien des années chez nos ennemis exister côte à côte le parlement prussien, le parlement de l’Allemagne du nord, le parlement douanier, ayant chacun sa compétence et son territoire, sans confusion et sans conflit ? La civilisation moderne est une œuvre compliquée ; il faut bien que ses organes participent un peu de la complication de ses fonctions et de ses mouvemens. Notre amour dévorant de la simplicité nous perd. La France ignore la science de l’administration. La centralisation excessive ne cache qu’une incapacité, non pas constitutionnelle sans doute, mais invétérée. Que de fois n’avons-nous pas voyagé en train rapide de Berlin à Paris ! Nous passions ainsi sur les réseaux de cinq ou six chemins de fer allemands différons : y avait-il le moindre retard, la plus petite incorrection dans le service ? Non certes. En France, on croirait tout perdu, si le trajet de Paris à Marseille n’était pas concédé à une seule compagnie. Aussi avons-nous fusionné toutes nos voies ferrées, au grand détriment du commerce et du progrès. Il en est de même dans l’administration politique : l’idée qu’il pourrait y avoir à Paris vingt municipalités d’arrondissement, reliées ensemble par une municipalité centrale, confond notre routine, effraie notre paresse. C’est ainsi pourtant que les choses se passent pour toutes les grandes cités des peuples libres : c’est à ce prix qu’ils ont acheté l’administration du pays par le pays, ou le