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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/283

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est indispensable que la capitale soit divisée en plusieurs groupes élémentaires ayant chacun une vie propre, faisant chacun ses affaires, gérant chacun ses intérêts spéciaux. Une agglomération de 2 millions d’habitans ne peut être fondue en une seule masse uniforme, ce serait là un phénomène unique au monde : une telle organisation serait radicalement contraire aux conditions essentielles du self-government, il n’en pourrait sortir que le despotisme. Paris réclame vingt municipalités distinctes : si plus de 100,000 personnes à Londres prennent une part directe à la gestion des intérêts locaux, il est naturel qu’au moins un millier de personnes à Paris soient dans le même cas ; mais ces vingt municipalités distinctes doivent être reliées, comme à Londres, par une municipalité centrale qui soit la délégation des premières pour les affaires d’intérêt commun. Ainsi chaque arrondissement conserverait son individualité, au grand bénéfice de l’ordre, et en même temps les intérêts généraux ne tomberaient pas en souffrance.

Comment distinguer entre les attributions des conseils d’arrondissement et celles du conseil central ? Toutes les grandes villes non-seulement d’Angleterre, mais même d’Amérique, sont ainsi partagées en plusieurs groupes élémentaires, qui cependant savent se réunir pour une action commune. Philadelphie par exemple se compose de cinq villes juxtaposées ; il en est ainsi pour presque toutes les cités importantes du Nouveau-Monde, Notre défaut, à nous Français, est de vouloir établir la liberté et l’ordre public en dehors de toutes les conditions connues, appréciées et pratiquées par les autres peuples civilisés. Quoi de plus aisé que de laisser à nos municipalités d’arrondissement la gestion de la petite voirie, des squares, des marchés de quartier, de l’assistance publique à domicile, des écoles primaires, de beaucoup d’autres services qu’il serait facile de désigner, et qui ne réclament pas impérieusement une grande concentration ? Ne serait-ce pas là une sphère assez vaste, où pourrait efficacement s’exercer l’activité des conseillers locaux ? Quant au conseil central ou métropolitain, il aurait à lui l’entretien des monumens, les grandes artères de viabilité ou d’égouts, les halles centrales, entrepôts, magasins-généraux, les grands cimetières, les grands hôpitaux, le cours et la navigation de la Seine, les eaux de la Dhuys et de la Vanne, les hautes écoles, etc.

Nous aurions donc un bureau central, composé de délégués nommés en nombre égal par chaque conseil d’arrondissement, et ayant quelques attributions importantes, mais réduites, nettement caractérisées. La plupart des questions qui passionnent les esprits, l’enseignement primaire par exemple et l’assistance publique à domicile, ne seraient pas de son ressort : les municipalités d’ar-