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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/249

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Charles avait reconnu qu’il était impossible de faire vivre son armée sur la contrée qu’il occupait, quoique cette contrée fût la Beauce, l’une des plus riches provinces de la France. Entre Étampes et Orléans, les Bavarois avaient tout dévasté, si bien que dans les derniers temps les troupes allemandes n’étaient plus nourries que par les provisions apportées de loin. Remarquons ici que l’on s’est extasié bien à tort sur l’habileté du commissariat de l’armée ennemie, qui n’a jamais laissé les hommes manquer de vivres ni la cavalerie manquer de fourrage. Sauf quelques campagnes dans les départemens les plus ravagés, c’était en vérité une besogne assez facile que d’assurer la subsistance du soldat et des chevaux pour des gens qui avaient la cruauté de pressurer le paysan jusqu’à son dernier sac de blé ; quand les ressources locales étaient épuisées, comme il advint près d’Orléans, les vainqueurs n’avaient que la peine de réquisitionner des chevaux et des voitures pour charroyer les approvisionnemens enlevés dans d’autres cantons. C’était pourtant ce même peuple auquel le roi Guillaume, au moment où il franchit la Saar, avait promis le respect des personnes et des propriétés. Dans les localités où les armées ennemies en venaient aux mains, la situation de l’habitant inoffensif était pire encore. L’Orléanais est un pays légèrement ondulé où les villages sont rapprochés les uns des autres. En général, l’occupation des villages était l’objectif des combats. Ceux qui en étaient maîtres au commencement d’une journée s’y retranchaient de leur mieux. Pour cela, le moyen habituel est de créneler les murs ; puis l’ennemi arrive, il met ses bouches à feu en batterie à quelques kilomètres de distance, et canonne les maisons jusqu’à ce qu’elles s’écroulent, ou que l’incendie se déclare. Enfin, quand les défenseurs semblent intimidés par la mitraille et par le feu, il lance ses colonnes à la charge. Ce que les obus et l’incendie ont épargné, la baïonnette l’achève. Qu’on observe que certains villages résistent souvent à une première attaque, et qu’ils en subissent une seconde, voire une troisième. Quelquefois aussi le même hameau est pris et repris tour à tour par chacun des deux partis. En plein champ, si l’affaire se passe dans des terres labourées, le dommage est moindre ; mais la vallée de la Loire est un pays de vignobles. Le soir, les soldats arrachaient sans pitié, pour alimenter leurs feux de bivouac, les ceps de vigne ; ils sciaient les arbres, saccageaient les taillis, détruisaient les portes et les fenêtres des habitations. Beaugency avait été pris alors que l’on se battait déjà depuis deux ou trois jours dans le voisinage. Toutes les maisons étaient pleines de blessés, et il y avait à peine deux médecins dans la ville. Les Prussiens, dès qu’ils y furent entrés, mirent dehors les blessés français afin d’installer les leurs à la place. Que dire de ceux qui restaient quarante-huit heures sur