Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/232

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Cette journée était un succès très franc qui faisait honneur à nos jeunes soldats. La bataille de Coulmiers a été en définitive l’action la plus favorable à nos armes pendant cette longue lutte. Plusieurs bataillons de mobiles, notamment ceux de la Dordogne et de la Sarthe, qui voyaient le feu pour la première fois, s’y comportèrent avec la fermeté de vieilles troupes ; cela faisait bien augurer des résultats futurs de la campagne. On y eut une autre surprise agréable. L’une des divisions du 16e corps était sous les ordres du contre-amiral Jauréguiberry. Les officiers de l’armée de terre doutaient un peu qu’un marin, quelque bon manœuvrier qu’il fût, fût aussi bon tacticien. Le vaillant amiral fit voir en cette affaire qu’il s’entendait à faire mouvoir les régimens aussi bien que les vaisseaux de ligne. Par malheur, la maladresse d’un officier fit perdre en partie les fruits de la victoire. Si la division de cavalerie (général Reyau) s’était rabattue à temps, elle enlevait plusieurs batteries d’artillerie bavaroise qui étaient en pleine retraite. Von der Thann se repliait en toute hâte du côté de Toury, tandis que d’Aurelle entrait dans Orléans et établissait son quartier-général à Saint-Jean-de-la-Ruelle, aux portes mêmes de la ville. Ces opérations s’étaient accomplies avec tant de rapidité, que la marche de flanc du général des Pallières n’eut pas les heureux résultats qu’on en attendait. La 1re division, malgré une marche forcée de Gien sur Orléans, arriva trop tard pour prendre part au combat et ne put que ramasser quelques fugitifs.

On s’est beaucoup étonné que d’Aurelle n’ait pas poussé tout de suite droit sur Paris. Cette marche hardie, à laquelle se serait peut-être laissé entraîner un jeune général enfiévré par le succès, ne convenait pas au tempérament froid d’un vieux commandant. Tout porte à croire que cette réserve ne fut que sagesse. Il ne paraît pas que l’armée de la Loire fût en état déjà de se lancer à une grande distance de sa base d’opération. Son artillerie était incomplète, aussi bien que ses moyens de transport. Outre qu’elle s’améliorait sur tous les points par quelques jours d’attente, elle devait aussi recevoir des renforts importans. Le 20e corps, amené de Chagny à Gien en chemin de fer, le 18e en formation à Nevers, le 17e venant de l’ouest, allaient doubler son effectif et ses facultés d’action. Au surplus, qu’aurait fait d’Aurelle en marchant sur Paris à la tête de 60,000 à 80,000 hommes ? Von der Thann, à qui les plaines de la Beauce n’offraient pas une ligne de défense solide, se serait retiré devant l’ennemi jusqu’à ce qu’il eût été soutenu par l’armée d’investissement aux ordres du prince royal de Prusse. C’eût donc été près de Paris, avec la perspective d’une longue retraite en cas d’insuccès, que l’armée de la Loire aurait livré sa bataille décisive, et pendant ce temps ses derrières auraient été menacés à droite par les