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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/229

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LA CAMPAGNE


DE


L’ARMÉE DE LA LOIRE




Lorsqu’on se propose d’écrire l’histoire des événemens formidables qui se sont accomplis depuis neuf mois, on se sent arrêté tout d’abord par la crainte de paraître partial ou mal informé. Au premier examen, il semble impossible de raconter sans prévention les incidens d’une guerre où l’on donne à l’une des armées belligérantes toutes ses sympathies et ses affections, tandis que l’on n’a pour l’autre que haine et répugnance. Aussi les publicistes anglais s’étaient-ils vantés au début des hostilités d’être seuls en état de fournir un compte-rendu véridique de ces grandes batailles. Cependant ils s’en sont si mal acquittés, ils se sont montrés si prompts en général à désespérer de notre cause, à exalter les triomphes de nos adversaires, que leurs récits ont été justement tenus pour suspects. Leurs informations n’avaient d’autres sources en effet que les rapports de correspondans accrédités près des quartiers-généraux allemands qui n’entendaient parler que des succès du moment, et ne se doutaient pas des ressources immenses que la France avait en réserve après chaque jour de combat. N’avons-nous pas quelques chances d’être plus réellement impartiaux en comparant les narrations des Anglais ou des Allemands avec celles qui avaient cours de notre côté ? Quant à l’ensemble des renseignemens, ce serait par là plutôt que pécherait un récit trop récent. En ce qui concerne les opérations effectuées de part et d’autre autour d’Orléans dans les premiers jours du mois de décembre 1870, nous espérons en présenter le tableau assez exact soit d’après les comptes-rendus officiels que le gouvernement français offrait chaque jour à l’impatience du public, soit d’après les souvenirs de ceux qui ont pris part à la