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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/172

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une situation un peu plus tolérable ; mais toute allusion hostile à l’Allemagne ou à ses fonctionnaires entraînait la saisie du journal et la confiscation d’un cautionnement de 1,000 francs ; après deux avertissement de ce genre, qui différaient de ceux de M. de Persigny en ce qu’ils n’étaient point gratuits, le journal était supprimé. On se montra assez tolérant pendant les huit jours de la période électorale ; seulement ensuite tous les journaux furent trouvés coupables « de propos outrageans et provocateurs à l’adresse des armées ou des autorités allemandes, » et frappés en conséquence.

L’instruction publique fut un peu moins maltraitée que la presse. Il n’y eut aucun changement dans le programme des écoles primaires et dans la situation des instituteurs. Les collèges des villes furent respectés comme établissemens communaux, et n’eurent pas d’inspection à subir. Le lycée de Nancy voulut profiter des idées qui ont cours en Allemagne sur l’autonomie des établissemens d’instruction, et renonça provisoirement à son caractère d’école de l’état. Le recteur et les facultés ne pouvaient aussi facilement dépouiller ce caractère. Aussi le premier fut-il suspendu de ses fonctions par l’autorité allemande. Il répugnait aux professeurs de l’académie d’avoir à donner l’enseignement supérieur français devant un auditoire où pouvaient se mêler non-seulement des militaires ou des employés, mais des agens prussiens. Il n’y eut donc pas plus de rentrée en novembre pour les facultés que pour les tribunaux. Seulement les professeurs continuèrent à donner chez eux, dans des conférences privées, l’instruction nécessaire aux jeunes gens qui aspirent aux grades supérieurs de l’université, et, malgré les arrêtés contes les fonctionnaires français qui continuaient clandestinement leurs fonctions, ils ne furent pas inquiétés.

Le service des contributions pour le gouvernement général de Lorraine fut organisé par un décret du gouverneur, le 5 septembre 1870. On essayait de justifier la levée des contributions sur ce que « le rétablissement nécessaire de l’ordre légal et des administrations… demande beaucoup de moyens en argent, qui devront être fournis sans retard. » Le même argument servit à légitimer l’exploitation des forêts de l’état et l’exploitation, par les forestiers venus d’outre-Rhin, des coupes de bois « projetées par leurs confrères en France. »

On a vu comment les maires de commune et de canton remplacèrent les percepteurs et les receveurs particuliers. Quant à l’assiette de l’impôt, elle fut singulièrement simplifiée. On maintenait l’impôt direct ; mais on remplaçait les contributions indirectes, le timbre et l’enregistrement par une prestation pécuniaire équivalant au produit de ces impôts pendant les années précédentes. En d’au-