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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/158

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Prusse en 1815, sa famille resta au service de la France et des Bourbons : la révolution de juillet l’a éloignée de l’une et séparée des autres. Le marquis de Villers a un nom d’émigré, mais c’est un émigré de 1830. Redevenu Prussien, promu à la vice-présidence du cercle de Cologne, c’est ce ci-devant marquis français qui fut appelé par la confiance du roi Guillaume à administrer le pays conquis, son ancienne patrie. On le voyait peu ; mais on trouvait sa signature au bas de tous les arrêtés rigoureux. Est-ce comme Prussien ou comme émigré qu’il sévissait contre les Lorrains ? est-ce comme révolutionnaires ou comme Français qu’il les contenait d’une main si dure ? nous l’ignorons ; mais nous avons peine à croire qu’il ne dût pas se faire quelque violence, lui, fils de Français, compatriote du maréchal Ney, pour apposer sa signature à l’arrêté que voici :

«… Attendu qu’un grand nombre d’officiers français, prisonniers de guerre, et de citoyens français, prisonniers ou otages, ont manqué à leur parole d’honneur ;

« Porte à la connaissance du public que des ordres sont donnés pour que désormais la parole d’honneur d’aucun Français ne soit acceptée.

Le commissaire civil de la Lorraine,
« Marquis de Villers. »

Le gouverneur-général était investi de la plénitude des pouvoirs que confèrent l’état de siège et la rigueur des lois militaires en pays ennemi. Le commissaire civil était subordonné lui-même à l’autorité militaire ; il avait reçu pour mission, assurait-il, de porter aux Lorrains « tout le soulagement possible, de remédier aux maux dont la guerre les avait frappés, » de « concilier les intérêts des troupes allemandes et le bien-être des populations. » L’administration préfectorale et communale, les finances, la justice, la sécurité des communications, se trouvaient placées sous sa haute surveillance. Un essaim d’assesseurs, de référendaires, de docteurs en droit, venus de l’Allemagne, remplissaient auprès de lui les fonctions d’attachés, ou constituaient son cabinet. Sous ses ordres se trouvaient : M. Solger, landrath de Benthen, en Silésie, « commissaire délégué pour les affaires concernant le typhus contagieux des bêtes à cornes ; » M. de Etzel, chef de service pour l’administration forestière ; M. Fleischhauer, de Cologne, « commissaire spécial des contributions ; » les surveillans des salines, branche de revenu public fort importante en Lorraine ; les administrateurs de la caisse générale, les inspecteurs et directeurs allemands des travaux publics, tout un vaste personnel d’administration où les surnuméraires, les assesseurs, les conseillers de Coblentz, de Cologne, du Brandebourg,