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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/141

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par tous les partis, et deux hommes qui personnifiaient, aux yeux des Parisiens abusés, les efforts les plus glorieux de la guerre en province, comme le général Trochu, par l’effet d’une égale ignorance, gardait aux yeux des provinciaux tout l’honneur du siège de Paris. Venaient ensuite, avec des minorités plus ou moins fortes, des noms dont l’incohérence est une nouvelle preuve de l’impuissance des électeurs de Paris à comprendre et à pratiquer les conditions du scrutin de liste, et de leur propension, plus libérale qu’intelligente, aux choix éclectiques. Certaines intentions cependant peuvent se dégager de ces élections si peu politiques. Les noms de deux amiraux et d’un général représentent, en dehors de tout esprit de parti, l’énergie déployée dans le siège ; celui de M. Thiers représente les services éminens rendus au pays et à la cause libérale. Les autres noms réunissent toutes les nuances républicaines, depuis les plus modérées jusqu’aux plus extrêmes ; les membres du gouvernement de la défense nationale sont seuls l’objet d’une exclusion systématique, non pour leurs opinions, mais pour leurs actes : M. Jules Favre est toutefois élu le trente-quatrième, mais sans atteindre le quart des voix. Une autre exclusion intentionnelle peut encore se soupçonner de la part d’un très grand nombre d’électeurs. Tandis que des écrivains qui rachètent dans une certaine mesure la violence de leurs opinions par des qualités d’esprit approchent de la majorité absolue, et que les suffrages vont chercher parmi les fauteurs des mêmes opinions d’autres noms plus obscurs, protégés peut-être par leur obscurité même, le chef de tous les complots révolutionnaires, sous la nouvelle république comme sous les gouvernemens précédens, depuis plus de trente ans, M. Blanqui, n’obtient pas plus de 52,000 voix, et deux noms auxquels s’attache le souvenir de presque toutes les insurrections tentées à Paris et en province dans ces derniers mois, M. Gustave Flourens et le « général » Cluseret, doivent se contenter, le premier de 42,000, le second de 21,000 suffrages !

Paris, le 8 février, était donc très loin d’être socialiste et même révolutionnaire dans le sens extrême de ce dernier mot. L’était-il devenu le 18 mars ? Il n’est pas douteux qu’il ne fût obsédé par le spectre blanc. Tout frémissant encore de n’avoir pu échapper à la honte d’une capitulation, il s’imposait le devoir de sauver du moins la république menacée par la réaction « rurale. » Depuis ce jour néfaste, la réprobation qui n’a pas cessé de se manifester hautement et publiquement pour d’exécrables attentats, le déshonneur et le véritable danger de l’idée républicaine, laisse encore subsister dans un trop grand nombre d’esprits d’incurables défiances envers les représentans et les défenseurs de la légalité républicaine, toujours suspects d’arrière-pensées monarchiques. Cependant le seul tort sérieux de la majorité parisienne, et elle l’a cruellement