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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/117

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patriotisme : c’est ce que prouve l’histoire de la Grèce, de la Hollande, de la Suisse et des États-Unis ; mais en même temps un semblable état sera moins porté à attaquer les autres parce qu’une guerre offensive ne rencontrera pas le même appui dans les différentes parties du pays.

Ainsi donc, en vue de la liberté de la bonne administration, de la sécurité de la paix, il est à désirer que l’Italie imprime à ses institutions un caractère plus fédératif, dans le sens indiqué par M. Jacini. Il faudrait toutefois, je pense, maintenir une loi générale sur l’enseignement, parce qu’il faut à tout prix dissiper l’effrayante ignorance qui règne dans certaines provinces et établir un niveau commun d’instruction élémentaire. M. Jacini réserve comme objets d’intérêt général, dont la décision doit être maintenue au parlement central, l’armée et la marine, les affaires étrangères, la justice, la statistique, les douanes et les traités de commerce, les postes et télégraphes, la dette, et enfin les impôts destinés à faire face à tous ces services. On arriverait ainsi à un régime qui aurait beaucoup de rapport avec celui de la Cisleithanie autrichienne, et l’on pourrait même pousser la décentralisation plus loin sans danger, parce qu’il règne en Italie un sentiment national et une unité ethnographique qui malheureusement font complètement défaut à l’Autriche.

Resterait à voir si cette décentralisation suffirait pour communiquer aux Italiens cette puissante vie politique qui fait la force de l’Angleterre et des États-Unis. J’en doute, parce que je vois que ce qui manque aux Italiens fait aussi défaut aux Portugais et aux Espagnols. À un phénomène général, il doit y avoir une cause générale. Quelle est cette cause ? Est-ce le climat ? Non, car la Californie et l’Australie, où le génie anglo-saxon se montre aussi vigoureux qu’ailleurs, sont situées sous des latitudes plus chaudes que l’Europe méridionale. Est-ce la race ? Non encore, car l’on voit des peuples de race latine pratiquer le régime représentatif aussi correctement que les Anglais, la Suisse romane par exemple. Est-ce l’influence de la religion et des traditions historiques ? Peut-être. Au fond, le mal provient de ce que le public ne s’occupe pas avec ardeur, avec suite, des affaires publiques. Excepté quand il s’agit de quelque grand objet qui parle au cœur de la nation, comme la délivrance du pays, l’immense majorité est indifférente en fait de politique. Cela provient de ce qu’on ne voit pas le rapport étroit qui existe entre l’intérêt particulier et l’administration de l’état. L’habitude du self-government fait défaut. Doit-on s’en étonner ? Dans la vie spirituelle, le fidèle n’a-t-il pas l’habitude et le devoir de soumettre sa volonté à colle de l’église, et de lui demander la