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Malgré cette rassurante profession de principes faite à la veille de la dissolution, les élections n’accrurent pas les forces du parti conservateur, et la chute du cabinet ne pouvait être que prochaine. En effet, dès les premiers jours de la session de 1853, M. Disraeli ayant présenté un projet de budget qui appliquait l’income-tax aux revenus de 100 liv. sterl. en l’étendant à l’Irlande, et qui, pour donner satisfaction au parti agricole, réduisait de moitié les taxes sur le malt et sur la houille en compensant ce sacrifice par une aggravation de la nouvelle taxe sur les maisons, vit ce projet échouer devant l’opposition réunie des membres auxquels n’agréaient pas ses combinaisons financières et de membres hostiles à la politique du gouvernement. Le cabinet crut devoir donner sa démission, et c’est alors que fut constitué, sous la direction de lord Aberdeen, un ministère de coalition composé des hommes les plus éminens du parti whig et du parti peelite, et le plus fort qu’ait peut-être jamais eu l’Angleterre sous le rapport de l’aptitude de ses membres et de la haute considération dont ils étaient tous environnés.

Mais avant d’entrer dans une période nouvelle, remplie surtout de faits de guerre, constatons par quelques chiffres les résultats des dix années toutes de paix que l’on vient de parcourir. Le capital de la dette fondée avait été réduit de 23 millions de livres sterl. et la charge annuelle de cette dette de 1,750,000 liv. sterl. Le montant des remises accordées sur l’excise et les douanes, compensation faite de quelques aggravations de droit, avait été de 6,500,000 liv. sterl., et cependant le produit de ces deux branches de revenu, qui en 1842 avait été de 33,250,000 livres sterling, s’était élevé à 35,285,000 liv. st. en 1852, soit une augmentation de 2,035,000 liv. sterl. D’un autre côté, le chiffre des dépenses, qui en 1842 avait été de 51,165,000 liv. st., ne fut en 1852 que de 50,800,000 liv. st., soit une diminution de 365,000 liv. st. Ces chiffres disent assez avec quelle habileté et quelle sagesse avaient été dirigées les affaires de la Grande-Bretagne.


II

Le plan financier présenté par M. Disraeli ayant été rejeté, ce fut à M. Gladstone, son successeur à l’échiquier, qu’échut la mission de proposer le nouveau projet du budget pour 1853. Les dépenses de 1852 étaient restées au-dessous des évaluations primitives, tandis que les recettes les avaient considérablement dépassées, et l’excédant disponible laissé par cet exercice s’élevait à 2,400,000 livres sterl. ; mais la dictature qui venait d’être établie en France avait excité toutes les défiances de la nation anglaise. On craignait, une rupture de la paix, peut-être même des tentatives d’invasion, et dès