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la renaissance des lettres. Il avait recueilli tout un musée de statues, de médailles et d’inscriptions antiques, et sa bibliothèque comprenait beaucoup de manuscrits précieux. Parmi ces manuscrits se trouvait la célèbre carte, que lui avait donnée un de ses amis, Conrad Celtes, après l’avoir trouvée par hasard à Worms en 1507. Cédée par un des descendans de Peutinger en 1714 à un libraire, elle fut vendue par celui-ci en 1720 au prince Eugène, dont la bibliothèque fut réunie en 1738 à celle des empereurs d’Autriche à Vienne.

Cette carte, qui se voit aujourd’hui dans ce dernier dépôt, est peinte sur onze feuilles de parchemin. Il semble bien qu’une douzième feuille manque et ait dû comprendre l’Espagne, ainsi que la partie occidentale de la Grande-Bretagne et de la Mauritanie ; mais nul ne l’a jamais connue. Les onze feuilles offrent ensemble une longueur de 6m,82 sur une hauteur de 34 centimètres seulement. On a de la sorte une carte du monde ancien où le dessin ne peut évidemment offrir qu’une bizarre altération de la réalité physique : un tel dessin ne saurait s’expliquer que dans l’hypothèse selon laquelle le modèle primitif aurait été, comme on le conjecture, une carte routière déroulant au-dessus des colonnes d’un portique une représentation purement approximative des régions appartenant à l’empire et de quelques contrées voisines. Le précieux monument de Vienne est gâté un peu par les vers, mais presque uniquement aux marges et dans les parties où une certaine couleur gommée désignant les mers attirait leurs ravages ; quelques îles seulement ont pu en souffrir : le texte formant la description intérieure des continens est resté intact, sauf peut-être la partie avoisinant les Pyrénées. Les cours d’eau sont marqués en vert, les. routes avec les stations en rouge. Plusieurs sortes de vignettes désignent diversement les villes : tantôt ce sont de simples maisonnettes ou guérites au toit rouge ou bien à deux pignons, tantôt, pour les monumens religieux, temples païens ou chrétiens, des maisons en perspective à trois pans visibles. Un aquarium ou une piscine peinte en bleu et entourée de murs, dont la teinte brune a partout sensiblement pâli, désigne les villes d’eaux thermales y un demi-cirque indique les villes pourvues d’amphithéâtres. Rome, Constantinople, Antioche, sont marquées par des signes tout spéciaux, tels que des édifices symboliques, ainsi que certains lieux, tels que le Pausilippe, les phares d’Alexandrie et du Bosphore, les portes d’Ostie, les fosses mariennes, les principaux magasins ou arsenaux, etc., tous indices fort importans pour quiconque s’efforce aujourd’hui de retrouver quelles époques nous révèle la carte de Peutinger.

C’est précisément cette recherche que les patiens commentaires du nouvel éditeur ont surtout en vue. Il paraît avéré que l’exemplaire que nous possédons a été exécuté par un certain moine du XIIIe siècle, lequel, auteur d’une chronique aujourd’hui subsistante, dit formellement