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Vaugirard, Montparnasse, le petit Montrouge, Mouffetard, les Gobelins, en revenant sur la Seine à la porte dite de la gare d’Orléans, juste sur la rive opposée à celle d’où nous sommes partis. Les ponts du chemin de fer de ceinture, au Point-du-Jour et à Bercy, ont été murailles sous leurs arches extrêmes et crénelés. Ils ne sont l’un et l’autre que très faiblement en arrière de la ligne des fortifications, interrompue seulement sur ces deux points, de telle sorte qu’on peut dire que cette ligne est en réalité continue. Des canonnières blindées, des batteries flottantes, stationnent d’ailleurs sur ces deux endroits de la Seine, et peuvent pousser des reconnaissances d’une part en amont, d’autre part en aval du fleuve. Au Point-du-Jour, on a réuni à la petite flottille la fameuse canonnière Farcy, dont le canon, se chargeant par la culasse, capable d’évoluer sur lui-même, pourrait porter jusqu’à la distance de 9 kilomètres des boulets de 150 kilog., et pèse avec son affût le poids énorme de 22 tonnes.

Quand on examine sur la carte un plan de Paris, on voit qu’il a une forme à peu près circulaire dont le centre est entre le Louvre et l’Hôtel de Ville. Si de ce centre on dirige des rayons vers la circonférence formée par la ligne des remparts, on partage le cercle en différentes parties ou secteurs. Tel est le nom qu’on a donné à chacune des divisions de l’enceinte mise sous la surveillance d’un commandant spécial. L’enceinte comprend neuf secteurs, dont chacun est composé de dix à onze bastions en moyenne, et porte avec son numéro d’ordre la désignation du quartier principal qu’il enclôt. Aux commandans de secteur, généraux ou amiraux, sont attachés un certain nombre d’officiers, et la place de Paris, sous le commandement en chef du général Trochu, concentre à son tour tout le service des secteurs.

Les six premiers secteurs (du n° 1 au n° 6) sont situés sur la rive droite de la Seine ; les trois autres secteurs (du n° 7 au n° 9) sont sur la rive gauche. A chaque secteur sont attachées les gardes nationales de tous les quartiers dont elles dépendent, et le service des remparts est fait, partie par ces gardes nationales, dont les hommes sont appelés à tour de rôle, partie par les gardes mobiles déversées dans les divers secteurs. Des gardes forestière, des douaniers, d’anciens agens de police, tous embrigadés, différens corps de francs-tireurs, des canonniers de l’armée régulière, de la marine, enfin des canonniers volontaires, font aussi le service des remparts. Nous ne parlons pas des officiers de l’artillerie, du génie, des ingénieurs de l’état, des ingénieurs civils et des officiers de marine commissionnés, qui sont employés dans les différens secteurs sous la direction immédiate du général ou de l’amiral commandant en chef.

C’est une physionomie curieuse que celle des murs de Paris