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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/676

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REVUE DES DEUX MONDES.

nistration locale fait un pas de plus. Elle offre en quelque sorte un modèle d’organisation que les intéressés sont libres d’accepter. C’est comme un prospectus, un programme de la meilleure machine municipale, programme facultatif, nullement obligatoire. Former une commission locale investie d’attributions nettement définies et munie de moyens financiers bien déterminés, voilà ce que la loi propose aux localités, comme si elle leur offrait de les doter de la meilleure pompe à incendie. Dans les bourgs où il y a déjà un conseil municipal ou un comité institué par un acte local, ces corps décident l’adoption du mode proposé, et ils sont eux-mêmes chargés de l’exécution. Dans les autres, les propriétaires et les contribuables sont convoqués en assemblée publique, et la majorité a le droit de décider l’adoption de la loi, non sans que les réclamations de la minorité aient eu le temps de se faire entendre, et les mêmes intéressés, les plus intéressés ? ayant plusieurs voix, jusqu’à sis, nomment la commission locale, qui entre en fonctions et pourvoit à ses dépenses au moyen de taxes ou d’emprunts autorisés par le secrétaire d’état de l’intérieur, taxes et emprunts qui ne peuvent dépasser des limites fixées par la loi.

Avant peu d’années, la loi de 1835 et la loi de 1858 auront amené sur toute la surface du territoire britannique une organisation municipale uniforme. Au lieu de quatre régimes, — paroisses, villes pourvues d’actes spéciaux, commissions locales, municipalités complètes, sans parler du régime de Londres, — il n’y aura plus bientôt que deux régimes, celui des paroisses et celui des villes, l’un très suffisant pour les petites localités, l’autre approprié au service des populations un peu nombreuses. En France, on procède logiquement ; tous les hommes ont le même droit, toutes les localités sont soumises à la même règle établie le même jour, sous la condition d’une même tutelle. En Angleterre, on procède pratiquement : le droit n’appartient qu’aux intéressés dont l’intérêt est appréciable, la règle ne leur est imposée que s’ils ne savent pas s’organiser tout seuls ou s’ils demandent eux-mêmes une organisation meilleure, et même alors la tutelle est extrêmement légère ; enfin la transformation a lieu pas à pas. En France, la loi ressemble toujours à une construction qui s’élève sur les plans d’un maître, en Angleterre à une plante qui se développe par un progrès naturel.

Si l’on étudie avec nos idées françaises le régime municipal de l’Angleterre et surtout celui de Londres, on le nommera volontiers un chaos. ; mais l’ordre se fait peu à peu dans ce chaos ou plutôt dans cet assemblage de faits divers et libres, non pas au gré de telles on telles idées, mais à mesure que les besoins, parlent et que