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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/665

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LE RÉGIME MUNICIPAL DES VILLES.

et partout fortifier les autorités, — en d’autres termes, se livrer à de grands travaux et modifier les institutions municipales. Ainsi trois grandes transformations s’accomplissent successivement : transformation dans le nombre et aussi dans le classement des habitans, transformation dans les rues, les maisons, les places, — transformation dans les institutions et les autorités. Tout change, les hommes, les pierres, les lois. Nous sommes bien loin de la cité et de ses bourgeois formant en quelque sorte une grande et seule famille. Pour ne parler que de Paris, les gares des chemins de fer amènent ou emportent chaque année 5 millions d’hommes, les hôtels ont chaque soir des lits prêts pour 200,000 étrangers. Il faut des boulevards et de larges espaces pour donner passage à un tel flot ; des maisons sortent de terre, aussitôt remplies par des visiteurs innombrables. Les repas se préparent dans des halles immenses, vers lesquelles se dirigent des troupeaux plus nombreux que ceux d’Abraham, des fleuves de lait et de miel plus abondans que ceux dont parlent les prophètes. Comment pourvoir à la dépense exigée par des travaux si considérables et à tant de besoins nouveaux avec les petits budgets des anciennes municipalités ? Le budget de Paris en 1800 se réduisait à 12 millions ; le budget de Paris en 1870 atteint 224 millions.

Comment confier l’administration de ces sommes énormes, la satisfaction de ces besoins variés, à ces bons bourgeois, choisis par leurs voisins dans les divers quartiers, qui suffisaient autrefois à la gestion de ce que l’on pouvait appeler les affaires de ménage de la petite ville ? Et s’il est cependant indispensable de ne pas laisser immoler ces libertés municipales qui ont été en tout pays le berceau, l’école, le rempart des libertés politiques, s’il est juste de ne pas annuler le droit des habitans, qui paient après tout une bonne partie des nouvelles dépenses, s’il est juste de ne pas les dépouiller du droit de contrôle qui appartient à tous les citoyens sur la gestion des finances publiques, comment distinguer les habitans des passans, les citoyens des étrangers, les populations sédentaires des populations nomades ?

Autant de faits nouveaux, autant de questions nouvelles, tout spécialement une question d’argent et une question de droit. Il m’a paru curieux d’étudier comment elles ont été résolues jusqu’ici par des procédés divers qui correspondent au génie et à la situation des différens peuples, dans les plus grandes villes habitées en ce moment par les hommes, et surtout dans ces sept capitales, Paris et Londres, Berlin et Vienne, Bruxelles et Genève, enfin New-York, dont on peut dire qu’elles tiennent dans le mouvement de la civilisation la place des principales planètes dans le système général