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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/664

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REVUE DES DEUX MONDES.

15,000 habitans, située dans l’Amérique du Nord, qu’un obscur officier, le colonel Nicholls, venait de prendre aux Hollandais en 1675, et à laquelle il avait donné une charte municipale et le nom de New-York. Ce New-York compte aujourd’hui 1 million d’habitans, Paris 2 millions et Londres 3 millions.

Il faut maintenant prendre son parti de la formation rapide des grosses agglomérations urbaines, de l’accroissement continu des capitales, et des difficultés du gouvernement de populations si nombreuses concentrées sur un même point. Toutes les villes grandissent et grandiront ; c’est une loi. Deux forces entraînent les hommes, l’une à la dispersion vers les terres inhabitées, l’autre à la concentration dans les lieux les plus peuplés. Ces deux forces, qui croissent en raison directe du volume des villes et en raison inverse de la distance, augmentent d’intensité à mesure que les obstacles disparaissent, à mesure que les barrières s’abaissent. Les barrières sont l’ignorance, la loi, l’espace, et elles tombent devant le progrès de l’instruction, la liberté du travail, l’établissement des routes de terre, de mer et de fer. Dès que les hommes ne sont plus retenus par la routine, la force ou la nature autour de la petite source et de la petite maison du hameau natal, ils se mettent en marche à la recherche du bonheur, et ils se rendent en grand nombre sur les points où la foule s’est déjà formée, à peu près comme les oiseaux s’abattent, croyant trouver plus de grains, sur les champs où d’autres oiseaux se sont posés déjà. Ce fait capital du xixe siècle, l’application de la vapeur à la locomotion, et cet autre fait capital, la diffusion de l’égalité, de la richesse et de l’instruction, coïncident partout avec une nouvelle répartition des hommes sur la terre, avec la formation des grandes villes, avec l’énorme accroissement des capitales. Ce siècle est le siècle du rapprochement des distances matérielles et morales qui séparaient les hommes. Comparez les dates en Angleterre, en France, en Belgique, en Allemagne, aux États-Unis, et vous verrez partout la surface occupée par les capitales grandir proportionnellement à la surface occupée par les voies ferrées ; vous verrez la population de Londres, Paris, Berlin, Vienne, Bruxelles, Genève, etc., suivre en quelque sorte une marche accélérée, due aux immigrations qui l’emportent de plus en plus sur les naissances. Paris, depuis vingt ans, augmente de 30,000 habitans par an, et Londres de 50,000. L’histoire constate ce fait, la morale et la politique s’en inquiètent avec raison ; mais il faut le prendre tel qu’il est, et s’occuper désormais beaucoup moins des causes qui le produisent que des conséquences qu’il entraîne.

Or ces conséquences sont partout les mêmes. Devant une véritable invasion d’habitans, il a fallu partout élargir les murailles