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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/661

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LES RÉFORMES DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE.

régime de l’instruction obligatoire. Ajoutons qu’en Allemagne c’est la fréquentation même de l’école qui est obligatoire, tandis qu’en France il s’agit seulement d’obliger le père à faire instruire ses enfans, sans lui imposer tel ou tel enseignement. Il faudrait donc établir chez nous deux systèmes parallèles de répression, l’un applicable aux parens qui enverraient leurs enfans aux écoles publiques ou privées, l’autre applicable aux parens qui prétendraient les faire instruire dans l’intérieur de la famille. Rien ne serait plus facile dans les écoles que d’exiger l’assiduité des élèves admis gratuitement et celle des élèves payans qui aujourd’hui ne suivent les classes que trois ou quatre mois de l’année. Les parens négligens ou récalcitrans seraient frappés d’amendes graduées, dont le chiffre s’élèverait avec le nombre des récidives, sans jamais dépasser le prix de la rétribution scolaire. On arriverait ainsi à vaincre l’irrégularité dans la fréquentation des écoles, qui est le plus grand obstacle au sérieux développement de l’instruction. Quant aux enfans qui ne suivraient pas les cours de l’école et qui devraient recevoir dans leur famille la première instruction rendue obligatoire, des inspecteurs primaires pourraient leur faire subir un examen vers leur douzième année, et les parens qui auraient négligé d’instruire leurs enfans pourraient être frappés, tant qu’ils montreraient la même incurie, d’une amende égale au taux de la rétribution scolaire. Un pareil système ne dépasserait pas la mesure d’une répression très modérée, il aurait l’avantage d’agir directement sur les coupables, et produirait certainement les meilleurs résultats. Quant à la pénalité indirecte qui priverait de son droit d’électeur tout citoyen ne sachant ni lire ni écrire, nous la rejetons parce que nous croyons qu’il ne faut en aucune manière restreindre le suffrage universel et créer des catégories entre les citoyens. Entrer dans cette voie, ce serait aller contre le principe même du suffrage universel et s’acheminer vers un suffrage restreint qui aujourd’hui n’est plus possible. On peut affirmer en outre que la privation du droit d’électeur, qui ne frapperait pas les principaux coupables, manquerait d’efficacité, et rencontrerait beaucoup d’indifférence dans cette partie ignorante du peuple qui ne s’abstient que trop facilement de voter.

En même temps qu’on organiserait la sanction de l’instruction obligatoire en établissant des amendes contre les délinquans, il serait de toute nécessité de donner une grande extension à l’institution des caisses d’école. Un des principaux obstacles contre lesquels viendrait se briser l’obligation de l’instruction serait l’extrême misère de certaines familles, misère qui leur rend absolument nécessaire le travail manuel des enfans. Ce n’est rien faire pour de tels indigens que de leur donner la gratuité de l’instruction, ils ne peu-