Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/255

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
249
REVUE. — CHRONIQUE.

rieusement combattues par bien des esprits libéraux, celles-ci minutieuses ou superficielles, celles-là énigmatiques, peut-être dangereuses, de telle sorte que ce n’est plus une question simple et nette à laquelle suffit une réponse également nette et simple ; c’est au contraire la question la plus complexe, réunissant les choses les plus diverses, les plus contradictoires, faisant passer sous la même étiquette ce qu’on approuve et ce qu’on ne demandait pas du tout. Que voulez-vous qu’on réponde à tout cela, si l’on veut rester dans la sincérité et dans la bonne foi ? Vous invoquez la souveraineté nationale, soit ; mais à quel titre pouvez-vous la limiter et comment vous y prendrez-vous pour qu’elle reste dans la sphère où vous voulez la renfermer ? Vous mettez hors de cause l’empire et ses conditions essentielles, rien de plus simple en apparence ; mais comment empêcherez-vous qu’on ne lève drapeau contre drapeau, que le vote ne devienne en réalité une lutte entre l’empire et la république ? Vous êtes des partisans de la monarchie qui, avec vos régimes plébiscitaires, vous réservez de mettre périodiquement la monarchie aux voix à propos de tout. M. Émile Ollivier, qui a du goût pour les citations et qui aime à nous faire part de ses lectures, invoquait l’autre jour le cardinal de Retz après La Bruyère ; il n’en est point à se souvenir de ce que disait le spirituel et pétulant agitateur de la fronde au sujet de ces droits des rois et de ces droits des peuples u qui ne s’accordent jamais mieux que dans le silence. » C’est ce silence que rompt le plébiscite en ayant l’air de soumettre simplement au peuple les réformes libérales de 1870.

Que sortira-t-il de cette confusion ? On nous place dans une alternative critique, cela n’est pas douteux. Rien n’était moins nécessaire que ce plébiscite, rien n’est plus dangereux que ces équivoques des questions mal posées, et c’est assurément l’épreuve la plus délicate pour tous les esprits sincères qui ont lutté jusqu’au bout contre un entraînement dont la conséquence peut être de dénaturer le mouvement libéral de la France. Le meilleur moyen d’échapper à ces obsessions, c’est de s’élever au-dessus de toutes les considérations secondaires en se plaçant en face de la situation telle qu’elle est, et de se demander ce qu’on peut faire. Ce serait assez simple en vérité, s’il ne s’agissait que de manifester son opinion sur le régime des plébiscites à perpétuité, si on pouvait dire dans un vote qu’on admet les réformes libérales débarrassées de tout ce qui peut les compromettre ; mais on n’en est plus là aujourd’hui : il faut choisir, et la meilleure chance qu’ait rencontrée jusqu’ici le plébiscite pour faire son chemin, c’est la situation extrême qu’il a créée, c’est la manière dont la question tend de jour en jour à se poser, c’est enfin la signification qu’on prétend donner à un vote négatif ou même à l’abstention. Ce n’est certainement pas que, parmi tous ceux qui rejettent ou rejetteront le plébiscite, il y ait une grande unité de vues et d’action. C’est au contraire un véritable chaos. — Dès le premier instant, la