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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/25

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lement a été démolie pour l’unir à la colonie renouvelée par Auguste, elle est plus près du rivage, qui s’avancera sur la mer de près d’un kilomètre, lorsque les cendres vomies par le Vésuve auront produit des atterrissemens immenses et réduit cette partie du golfe. Un aqueduc amène les sources de la montagne ; le Sarnus est couvert de barques et de navires dont les mâts se mêlent aux arbres plantés sur ses rives ; les entrepôts, les magasins se cachent derrière le promontoire, tandis que la pente qui regarde Naples, habitée par les colons venus de Rome, est cultivée, verdoyante, couverte de maisons et de villas soigneusement bâties.

Ceux qui ont visité la maison d’Adonis ont dû remarquer, en face de la grande composition qui retrace sa mort, une peinture, également de grande proportion, qui représente un port de mer. Ce doit être le port de Pompéi, aujourd’hui comblé par les cendres et effacé du sol. Ou voit une jetée, bâtie par la main des hommes, qui s’avance dans la mer exactement comme celles de Portici ou de Torre-del-Greco ; elle répond aux mêmes besoins et protège les petits navires contre les mêmes dangers. Au bout de la jetée est une tour en ruines, sans doute la tour d’un phare ; mais comme les anciens n’avaient pas l’idée, ainsi que nous, de fabriquer des ruines pour ajouter au pittoresque, et comme ce tableau a été fait après un tremblement de terre, il est probable que la tour, à demi ruinée pendant cette catastrophe, n’avait pas encore été réparée. Le peintre n’a oublié ni les édifices qui bordent la mer, ni un temple, ni les Pompéiens goûtant le plaisir de la pêche, ni les bâtimens à l’ancre, ni ceux qui sortent du port voiles déployées.

Au-delà de Pompéi, le golfe se creuse par un repli plus profond où les cendres rejetées par les flots, ainsi que des terres d’alluvion, se sont substituées aux eaux, après l’éruption, en formant une surface aussi égale qu’une plaine liquide. Au-delà de ce repli, assez profond pour former un port où stationne une partie de la flotte romaine, on joint Stabies, sur la pente du mont Lactarius, Stabies, qui est moins une ville qu’une réunion de villas, riche en sources minérales, attrait pour les malades, prétexte pour les élégans et les oisifs. Enfin la route qui conduit à Sorrente et toute cette admirable côte, trop connue des modernes pour avoir besoin d’être décrite ; on peut dire que c’est la seule partie du golfe de Naples qui n’ait point été bouleversée par la fureur des élémens.

Le tableau serait incomplet, si notre imagination n’ajoutait aux chefs-d’œuvre de l’art grec et du luxe romain qui couvrent un site privilégié la magnificence d’une nature qui n’a encore rien perdu de sa richesse. Cette terre, jadis volcanique, après vingt siècles de repos est devenue d’une fertilité extraordinaire. Tout est couvert de végétation jusqu’à la limite des flots ; partout s’élèvent, au milieu