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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/190

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REVUE DES DEUX MONDES.

rues. La leçon profita, et, tout absolu qu’il était, le gouvernement dut renoncer à son projet d’envoyer les jeunes mendians dans la Louisiane, pour y travailler aux magnaneries qu’on tentait d’y établir[1]. C’est en 1764 qu’on recommence de s’occuper des mendians. Tout individu qui sera surpris demandant l’aumône sera marqué au fer rouge d’une M sur le bras gauche et condamné à neuf ans de galères, à perpétuité en cas de récidive.

La révolution, comme tout violent mouvement social ou politique, amena dans les affaires, dans le travail régulier de l’industrie, une perturbation extraordinaire, et jeta sur le pavé des villes une énorme quantité d’ouvriers que le chômage forcé maintenait en une grande misère, augmentée encore par la disette de ce temps-là. Le premier décret relatif aux mendians est rendu le 20 mai 1790 sur la proposition de La Rochefoucauld-Liancourt. Des ateliers de filature pour les femmes et les enfans, des chantiers de terrassement pour les hommes seront ouverts à Paris ou dans les environs ; les invalides et les infirmes seront traités dans les hôpitaux ; les mendians étrangers seront expulsés de France, et les mendians venus de la province seront reconduits au lieu de leur naissance avec un secours de route de trois sous par lieue et l’obligation de suivre un itinéraire indiqué ; cette disposition de la loi est encore en vigueur aujourd’hui. — Le 11 juin, M. de Necker déclare à l’assemblée que le roi entretient à Paris des ateliers de charité pour 12,000 personnes, indépendamment des ouvriers qui ont été transportés à Saint-Florentin pour travailler au canal de Bourgogne. En exécution de ce décret, que le roi sanctionna, la municipalité de Paris fut autorisée à faire évacuer le couvent des récollets du faubourg Saint-Laurent, celui des dominicains de la rue Saint-Jacques, et à les convertir transitoirement en dépôts de mendicité pour les mendians infirmes et en ateliers de travail pour ceux qui seraient valides. On s’occupe fréquemment de ce sujet à l’assemblée, on fait des théories qu’il est difficile de réduire en axiomes pratiques. Le 15 juillet 1790, La Rochefoucauld-Liancourt s’écrie : « Si le mendiant dit : Faites-moi vivre, la société répond : Donne-moi ton travail ; » prémisses redoutables, si elles eussent été poussées à leurs conséquences extrêmes. En octobre 1791, Peuchet propose de l’employer au dessèchement des marais, et l’on peut voir que les mauvais jours approchent, car dans la séance du 20 janvier 1792 on parle de la destruction du brigandage et de l’extinction de la mendicité, comme si c’était une seule et même chose. On s’irrite évidemment

  1. Journal de Barbier, novembre 1749, mai 1750 ; — Journal historique de Collé, décembre 1749, passim.