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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/146

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REVUE DES DEUX MONDES.

Toutefois c’est principalement M. Desor qui a insisté sur cet ordre de considérations et en a déduit les conséquences les plus précises. « Dans les lacs de la Suisse, a-t-il dit, on rencontre des moules de haches ; mais ce qu’on n’y voit pas du tout, ce sont les moules qui auraient pu servir à faire les objets de parure, les épées et toutes ces belles choses qu’on trouve en foule dans les tombelles à Alèse, à Hallstadt, en Ligurie, etc. Il y a là une preuve évidente d’un grand commerce qui, à la suite d’un mouvement encore inconnu, s’est répandu tout à coup dans toute l’Europe. Cette époque commerciale, antérieure aux Romains, est donc le point essentiel à définir. L’absence d’argent et de toute monnaie porte à croire qu’elle doit être bien antérieure au ive siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle les philippes de Macédoine étaient une monnaie courante dans toute l’Europe. » Où était le siège de cette industrie ? M. Desor pense que ce devait être dans la Haute-Italie[1]. M. Bertrand a pleinement adhéré aux pensées exprimées par son collègue, et communiqué plusieurs faits qui lui paraissent les confirmer.

D’autre part, M. Worsaae, dans l’ouvrage que j’ai eu tant de fois à citer et qui résume la manière dont il envisage ces difficiles problèmes, s’est formellement prononcé contre l’hypothèse d’un centre de fabrication quelconque, étrusque, romain, grec ou phénicien, fournissant pendant des siècles aux nations les plus diverses des instrumens de bronze toujours presque identiques, tandis que lui-même aurait connu et travaillé le fer. Il y a donc là une question à la fois très importante et très nettement posée. Le congrès a pensé que, pour tenter de la résoudre, il fallait l’étudier sur les lieux. En conséquence, il a décidé que la prochaine session, celle de 1870, se tiendrait à Bologne. Dans cette ville et à Florence, au centre de l’ancienne Étrurie, les archéologues pourront comparer les antiquités du nord, étudiées par eux l’année dernière, à celles du midi. Des questions anthropologiques spéciales naîtront aussi sur ce théâtre d’une de nos plus anciennes civilisations. Les crânes tirés des tombeaux étrusques poseront des problèmes aussi délicats que les têtes extraites des dolmens danois. Plus d’un sans doute restera sans solution définitive ; mais à coup sûr, comme le disait M. Worsaae dans son discours d’adieu, nous ajouterons quelque chose à ce que nous ont appris ces dernières années, si fécondes en enseignemens ; nous jetterons quelque clarté nouvelle dans la nuit des temps antéhistoriques.


A. de Quatrefages.
  1. Compte-rendu sommaire.