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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/993

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sur le parcours de l’Amou-Daria, l’autre à son embouchure. Déjà le Kokand n’existe plus que de nom ; en vertu du traité conclu avec Mozaffar, un parent de ce prince administre la capitale et le territoire environnant sous la condition d’obéir au tsar et d’être son vassal. Des deux états ozbegs qui restent encore debout, le premier a déjà senti le poids de la puissance russe ; le second, qui avait depuis plusieurs siècles avec le gouvernement de Saint-Pétersbourg des relations quelquefois amicales, le plus souvent hostiles, aura bientôt à se défendre contre le colosse dont naguère encore, grâce à la distance qui l’en séparait, il bravait impunément la colère. Les sujets de contestation ne manqueront pas ; si l’humeur farouche des Khiviens ne suffisait pas à en faire naître, la Russie n’aurait, pour raviver les antipathies religieuses et nationales, qu’à tirer de la poussière où ils gisent oubliés les actes par lesquels les anciens khans de ce pays avaient, sous le règne d’Elisabeth Petrovna, accepté la domination alors peu redoutable de l’empire moscovite.

Toutefois, pour achever la conquête de l’Asie centrale, les successeurs de Pierre le Grand auront à surmonter encore, plus d’un obstacle. Sans parler de la résistance que leur opposeront les races fanatiques et guerrières du Turkestan occidental, l’Angleterre ne peut manquer de leur susciter des embarras nombreux, car elle ne saurait voir, sans en ressentir une profonde irritation, l’établissement des Russes dans le bassin de l’Amou-Daria. Plus méridional que l’Iaxarte, ce fleuve touche aux frontières des possessions britanniques, et n’est séparé de l’Indus que par la chaîne de l’Hindou-Kouch, facile à franchir sur plusieurs points. On comprend donc que les événemens qui s’accomplissent en Tartarie préoccupent au plus haut degré l’opinion publique de l’autre côté du détroit. Ce serait cependant une grave méprise que de considérer comme purement russe ou anglaise une question où l’Asie tout entière est l’enjeu que se disputent les deux nations.


III

Tandis que la Russie s’établissait sur le Syr-Daria, s’emparait du Kokand et menaçait la Boukharie, l’Angleterre, non moins ardente à étendre sa sphère d’action, envahissait le Sinde et le Pundjab, occupait les vallées qui sillonnent la chaîne de montagnes comprise entre Peshawer et le Bolor, affermissait son.influence dans l’Afghanistan, et faisait du Cachemire et du Thibet, malgré l’indépendance nominale qu’elle leur conservait encore, de simples annexes de l’empire des Indes. Les deux puissances qui étreignent l’Asie, séparées en 1840 par la moitié du continent, ne sont plus aujourd’hui éloignées l’une de l’autre que de sept à huit jours de