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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/937

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Hatham perdit six vaisseaux. A Sainte-Lucie, six mille personnes furent écrasées sous les décombres ; les hommes et les animaux étaient soulevés de terre et jetés au loin ; la mer fut pompée et retomba en pluie saumâtre ; elle s’éleva si haut qu’elle démolit le fort et lança un navire sur l’hôpital militaire, qui fut enfoncé sous son poids ; elle fut tellement ébranlée qu’elle arracha et rejeta la couche de corail qui forme le fond de la baie. A la Martinique, le fléau rencontra cinquante vaisseaux français portant six mille hommes de troupes et escortés de deux frégates ; six bâtimens à peine échappèrent, les autres « disparurent, » suivant l’expression du rapport officiel. Neuf mille personnes périrent à la Martinique, mille à Saint-Pierre, où pas une maison ne resta debout. A Port-Royal, la cathédrale, sept églises, mille maisons furent enlevées, et six cents malades écrasés dans l’hôpital. Continuant sa course, l’ouragan passa à Puerto-Rico ; le 15 octobre, il atteignait l’île de Mona, puis, se dirigeant vers le nord-est, il gagna les Bermudes, et finit par se perdre dans l’Océan en continuant les mêmes scènes de désastre. Partout où il passait, les éclairs étaient incessans, la foudre éclatait dans toutes les directions, ou tombait en boule sur le sol. Le bruit était tel qu’on n’entendait point la chute des édifices, et l’amiral Rodney affirme qu’un tremblement de terre, conséquence de l’énorme pression exercée sur le sol, passa comme inaperçu. La pluie était lancée horizontalement, si abondante que l’air en était obscurci, et si rapide que le sang jaillissait sous ses coups. A peine ces désordres étaient-ils terminés que les malheureux survivans sortirent de leurs abris pour mesurer l’étendue des désastres. La mer était couverte d’épaves et de cadavres ; on ne voyait que des plaines ravagées, des arbres arrachés, et ceux qui restèrent debout se virent dépouillés comme en hiver ; tous les travaux des hommes étaient anéantis, et la famine attendait ceux qu’avaient épargnés ces épouvantables désordres.

Pour le physicien, ces épouvantables désordres constituent les phénomènes les plus simples, les mieux réglés, les mieux expliqués : ce sont purement et simplement des tourbillons de vent ; on les a nommés cyclones pour rappeler la nature de leur mouvement.

Les tourbillons ont occupé les philosophes aussi bien que les savans. Après l’importance que leur avait donnée Descartes, on fit des expériences pour les réaliser, ce qui n’était pas difficile. Salmon, de l’ancienne Académie des sciences, se contentait, pour les produire, de faire tourner le bout de sa canne dans l’eau d’un baquet. L’eau prenait alors et gardait pendant longtemps un mouvement tournant ; le niveau baissait au centre et prenait la forme d’un entonnoir ; il montait à la circonférence. Daniel Bernouilli,