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et les alizés courent franchement au sud-ouest. Sous le 35e degré, la compensation des vitesses paraît être complète, car d’après les tables de Maury les vents y soufflent localement et indifféremment de tous les rumbs. Aux latitudes plus élevées, les dérivations deviennent plus nombreuses et se mêlent en plus grande proportion au courant polaire ; elles lui impriment alors une déviation dans le sens de leur propre vitesse, et le font généralement souffler du nord-ouest, de l’ouest ou même du sud-ouest.

Ce qui est digne d’attention, c’est que l’équilibre atmosphérique tend à se rétablir de lui-même lorsqu’un accident vient le troubler. Si par exemple le baromètre baisse en un lieu, les dérivations descendantes y affluent pour rétablir la pression normale ; elles dévient le courant polaire ; le vent tourne à l’ouest, et il est humide. Si au contraire le baromètre monte, ces dérivations cessent, le courant polaire reprend sa tendance à souffler du nord-est, et il est sec. On voit que dans cette théorie la succession des phénomènes est la suivante : ce sont les variations de la pression qui font augmenter ou diminuer les dérivations descendantes ; celles-ci font tourner lèvent à l’ouest ou à l’est, et le rendent humide ou sec, chaud ou froid. Le but est de rétablir l’équilibre de l’air ; la pluie en sera la conséquence accidentelle.

Pour achever le tableau des mouvemens généraux de l’atmosphère, il nous reste à montrer qu’elle éprouve, parallèlement à l’équateur, un déplacement latéral qui semble destiné à mêler intimement l’air des continens et celui des mers. Partons, je suppose, de l’île de Madère, et suivons dans sa marche une molécule d’air. Elle est d’abord entraînée par l’alizé vers le sud-ouest, jusqu’à l’anneau d’aspiration. Là elle s’élève, non pas verticalement, mais obliquement, à cause de sa vitesse acquise, comme si elle gravissait, de l’est à l’ouest, une rampe inclinée. Par-là elle arrive au-dessus de l’Amérique du Sud, où elle commence, dans les hauteurs du courant équatorial, son retour vers le nord. Peu à peu elle incline vers l’est, traverse obliquement l’Atlantique, et aborde les côtes de l’Europe à une latitude plus ou moins élevée. Elle se mêle alors aux dérivations descendantes et rejoint le courant polaire. Celui-ci marche communément vers le sud-est, et il va rejoindre les zones alizéennes, non point à Madère, au lieu de départ, mais beaucoup plus loin dans l’est, vers le centre de l’Asie. La molécule d’air que nous avons suivie dans ce trajet a donc couru vers l’ouest, dans la zone torride, pour rétrograder, dans la zone tempérée, beaucoup plus loin vers l’est ; elle n’a pas seulement été entraînée du sud au nord et du nord au sud, elle a subi un transport latéral à travers les continens et sur toutes les mers.