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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/926

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trajet par des dérivations descendantes, comme on voit dans une rivière le courant direct et les remous se rejoindre en tourbillonnant dans l’espace qui les sépare.

Il ne suffit point d’avoir fait une théorie, il faut qu’elle soit conforme aux phénomènes. On rencontre en effet dans les deux hémisphères, à partir du 35e degré de latitude, des vents continus, les vents alizés, venant des zones tempérées et se rencontrant vers l’équateur le long d’un grand cercle où règnent les calmes équatoriaux. Ce sont les courans rampans inférieurs, les courans polaires ; mais ils ne soufflent point directement des pôles à l’équateur dans la direction des méridiens : ils viennent du nord-est dans l’hémisphère boréal et du sud-est dans l’hémisphère austral, comme si une cause inconnue les avait chassés à l’ouest.


III

Suivant le célèbre Halley, cette cause est le mouvement de rotation de la terre. L’explication qu’il en a donnée demande un peu d’attention ; elle exige d’abord l’intelligence d’une vérité mécanique que j’exposerai avec quelque détail.

Lorsqu’un cavalier est lancé au galop, tout le monde comprend qu’il partage la vitesse de son cheval sans faire aucun effort. Emportés dans un wagon par un train qui fait 15 lieues à l’heure, nous possédons sans nous en apercevoir une vitesse énorme, et qui est à peu près celle que nous aurions en tombant d’un second étage. Enfin la terre tourne en 24 heures et nous tournons avec elle. Pendant que nous pensons être immobiles à Paris, nous sommes enlevés comme le cavalier par son cheval, comme le voyageur, par son wagon ; la seule différence est que nous le sommes plus rapidement et que nous faisons 250 lieues en chaque heure de temps. L’air aussi est emporté, car, s’il demeurait immobile pendant que nous marchons, il nous fouetterait au visage. Nous croyant en repos, nous penserions qu’il marche en sens opposé, de l’est à l’ouest, avec cette vitesse de 250 lieues. Ce serait un vent cinq fois plus fort que celui des plus désastreux ouragans, et capable d’emporter les animaux, les arbres, les montagnes et les mers.

Ce point établi, admettez que le cheval s’arrête ; vous verrez le cavalier passer par-dessus, à moins d’une grande habileté et de beaucoup d’efforts. Supposez que le voyageur veuille descendre du wagon ; il sera lancé en avant avec la, vitesse que possède le train, et il se tuera en tombant. Enfin, si la terre venait à s’arrêter, tous les objets qui la couvrent continueraient de marcher de l’ouest à l’est, et sembleraient lancés avec la vitesse de 250 lieues qu’ils