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explosion nouvelle. — Quelques libéraux romains jetèrent les yeux sur d’Azeglio et le pressèrent de se rendre dans les Légations, en lui offrant tous les moyens d’intelligence dans le pays. — C’était un homme nouveau, indépendant, étranger à toute secte, qui inspirait de la confiance et plaisait par ses talens. Sa présence pourrait exercer une influence heureuse. — Sans se dissimuler ce que cette mission avait de grave et de délicat, d’Azeglio l’accepta. Il se rendit dans les Légations, visita une fois de plus la Toscane, voyageant en artiste, voyant tout le monde. Partout il s’efforçait d’inculquer ces idées, — que l’Italie avait assez des tentatives aventureuses qui n’aboutissaient qu’à faire des victimes nouvelles, qu’elle devait recourir désormais à l’agitation pacifique, — qu’elle ne pouvait aspirer à son indépendance qu’à la faveur de deux choses, une grande occasion naissant en Europe et une force organisée, que cette force ne se trouvait qu’à Turin, où était Charles-Albert, sur lequel on pouvait dire tout ce qu’on voudrait, mais qui était en définitive le seul prince disposant d’une armée, intéressé à l’affranchissement de l’Italie, puisqu’il servirait son ambition. D’Azeglio ne réussit pas assez pour empêcher l’insurrection de Rimini, qui éclatait deux semaines après son passage ; mais il réussit assez pour ramener à ses idées beaucoup d’hommes sur lesquels il avait pris de l’influence par la contagion de sa loyauté et de son esprit. Cela fait, il partit pour Turin, où il demanda une audience à Charles-Albert, et ici se passa une scène curieuse, presque dramatique, qui a certainement sa place dans l’histoire de l’indépendance italienne.

Le roi le reçut par un jour d’hiver, à six heures du matin, selon son habitude. Il était debout auprès d’une fenêtre avec son air mystérieux, mais cette fois nullement décourageant. Il y avait comme une fascination secrète dans son regard énigmatique, dans sa personne élégante et sévère. D’Azeglio lui raconta ce qu’il venait de voir, l’état des choses, l’exaspération des esprits, l’impossibilité de la situation faite à l’Italie et particulièrement à la Romagne, le danger des insurrections, si on n’y portait remède ; il lui exposa les idées qu’il s’était efforcé de répandre, sans lui dissimuler les relations qu’il gardait dans le pays, et il ajouta en finissant : « Maintenant votre majesté me dira si elle approuve ou désapprouve ce que j’ai dit et ce que j’ai fait. » Le roi, après avoir écouté avec une attention silencieuse et visiblement sympathique, répondit d’un ton tranquille et résolu : « Faites savoir à ces messieurs de se tenir en repos, de ne pas bouger, puisque le moment n’est pas venu, mais d’être bien certains que, l’occasion se présentant, ma vie, la vie de mes fils, mes forces, mes trésors, mon armée, tout sera dépensé pour la cause italienne. » D’Azeglio, qui ne s’attendait pas à