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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/887

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Massimo Taparelli d’Azeglio était né à Turin le 24 octobre 1798. C’était le quatrième fils d’une famille qui, par une particularité bizarre, était venue autrefois de Bretagne, « et c’est peut-être pour cela, remarque-t-il avec bonne humeur, que tous dans notre maison nous avons la tête un peu dure. » L’un des frères est mort jeune, officier d’artillerie ; un autre était le marquis Roberto d’Azeglio, sénateur, mort il y a peu d’années ; le troisième est devenu le père Taparelli, jésuite, directeur de la Civilta cattolica à Rome. Ils avaient tous grandi dans un de ces foyers d’autrefois où se perpétuaient les traditions, et c’est d’Azeglio lui-même qui, au souvenir de ce foyer de famille, dit dans les aimables mémoires qu’il a laissés : « Lorsqu’en ouvrant les yeux à la lumière et les lèvres au premier souffle on s’est trouvé placé dans une atmosphère d’honnêteté, de loyauté, le caractère en reste tellement imprégné, que malgré toutes les erreurs et les escapades il garde toujours par instinct le sens du devoir et de l’honneur. » Son père, le marquis César d’Azeglio, était un des types de cette vieille noblesse piémontaise, simple, fidèle, peu brillante, attachée à ses mœurs et à ses croyances, dure pour elle-même parce qu’elle était accoutumée à toutes les peines, pauvre parce qu’au premier appel elle était toujours prête à livrer sa fortune avec sa vie « pour son pays et pour sa maison de Savoie. » Le marquis César d’Azeglio avait jeté quatre cent mille francs dans les guerres de la révolution. Pris dans un combat et conduit en France, où il était un instant réduit à vivre presque d’aumônes, il n’avait accepté la liberté que lorsqu’on la lui avait rendue sans l’humiliante condition de ne plus servir son pays. Il disait quelquefois d’un ton moitié plaisant, moitié sérieux : « Quand un Piémontais a les jambes et les bras rompus et deux estocades à travers le corps, alors et pas avant il peut dire : Vraiment, oui, je ne me sens pas trop bien. »

C’était un homme sévère, mais en même temps d’une bonté délicate, humain de cœur, attentif pour les siens. Ardent ennemi de tout ce qui était révolutionnaire, absolutiste par tradition et par fidélité, il ne manquait ni de lumières, ni de culture d’esprit, ni de sagacité. Un jour, bien plus tard, il écrivait à un de ses fils : « Que l’Europe tout entière et l’Italie elle-même tendent aux constitutions, cela peut être vrai, la réalisation a beaucoup de probabilités ; le temps dira si elles sont fondées et le plus ou moins de bien qui en résultera pour ceux qui vivront alors… Si le Piémont devenait constitutionnel, comment cela arriverait-il ? Par rébellion ? Je ne sais par quelles épreuves on passerait, mais je sais bien quelle serait ma conduite. Certainement je m’opposerais aux rebellés de tout ce que j’aurais d’intelligence, de vigueur et de crédit… Si cela se faisait par l’initiative du