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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/811

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que pendant les trois années que les jeunes gens passent sous les drapeaux, c’est-à-dire de 20 à 23 ans, tandis qu’en France l’interdiction durerait six ans pour ceux qui sont dans l’armée active, et quatre ans pour la réserve. Si l’on considère l’accroissement de la population comme une chose désirable, il faudrait favoriser les mariages plus de ce côté-ci que de l’autre côté du Rhin, car là la population double en un demi-siècle, ici à peine au bout d’un siècle.

L’établissement militaire de la Prusse coûte aussi relativement beaucoup moins que celui de la France. La France dépense environ 410 millions pour 400,000 hommes sous les drapeaux. Le budget de la guerre de 1867 a été fixé en Prusse à 155,625,000 francs pour 206,000 hommes. La dépense revient donc en France à 1,040 francs par soldat et à 11 francs 1/2 par habitant, en Prusse à 750 francs par soldat et à 7 francs par habitant. La différence paraît encore bien plus grande quand on sait qu’au moyen de ses 150 millions la Prusse peut mettre 700,000 hommes sous les armes en quelques semaines, tandis que pour ses 400 millions la France arriverait difficilement à un chiffre pareil. Le mécanisme prussien est donc bien plus économique, puisqu’au moment du besoin il donne le même résultat utile pour un sacrifice presque trois fois moindre.

L’armée française a certes des qualités exceptionnelles ; mais le système adopté en Prusse présente de grands avantages, que nul ne conteste, puisque partout on cherche à se les approprier. D’où résultent ces avantages ? De ce que la Prusse s’est rapprochée du système des milices locales. Sa force militaire est vraiment la nation en armes. Aujourd’hui plus que jamais, ce sont les gros bataillons qui décident. Grâce aux chemins de fer, on peut concentrer en très peu de temps sur le point décisif des masses énormes d’hommes, et au moyen d’armées secondaires tourner l’ennemi avec une promptitude accablante ; mais pour opérer ces grandes manœuvres il faut beaucoup de soldats. Or comment se les procurer sans ruiner le pays en temps de paix et sans l’affaiblir par le désordre des finances ? Le système perfectionné des milices résout le problème. Par la conscription généralisée, faire passer tous les hommes valides sous les drapeaux, les y retenir juste le temps nécessaire pour apprendre l’école du soldat, puis Tes renvoyer dans leurs foyers comme réserves, avec le droit de les rappeler en cas de danger, voilà l’organisation qui a été le salut de la Prusse en 1813, et que, seule aujourd’hui, la Suisse applique dans toute sa rigueur [1].

  1. En Suisse, tout homme valide se doit à la défense de la patrie de 20 à 45 ans. Il sert huit ans dans l’élite, qui comprend 80,000 hommes, six ans dans la réserve, qui en compte 45,000, et dix ans dans la landwehr, qui en comprend encore 75,000, soit en tout 200,000 hommes pour 2 millions 1/2 d’habitans. Dans la même proportion, la France disposerait de 3 millions de soldats ; mais la Suisse n’a pas d’armée permanente. Les hommes de ses milices, se réunissent chaque année pour des exercices et des manœuvres pendant quelques jours sous l’inspection d’officiers fédéraux. Quoique les dépenses pour l’entretien d’une artillerie très nombreuse et d’un armement très perfectionné soient relativement considérables, les sacrifices qu’ont à faire la confédération et les cantons ne s’élèvent qu’à 8 millions, soit a 41 francs par soldat au lieu de 1,000 fr. en France et de 750 francs en Prusse. L’adoption du système prussien vient d’être proposée aux chambres par le gouvernement suédois.