Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/731

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


M. Ruppell a, de son côté, déterminé astronomiquement plusieurs points importans dans le nord de l’Ethiopie.

Il va sans dire que M. d’Abbadie a eu recours à ce moyen toutes les fois que les circonstances l’ont permis., Il a observé en tout soixante latitudes ; la plupart ont été déterminées plusieurs fois de suite en variant les instrumens et les méthodes ; ainsi celle de Saka, capitale d’Inarya, a été observée treize fois, en prenant les hauteurs du soleil, de la lune et de quatre étoiles différentes. Les longitudes ont été obtenues par quatre méthodes différentes ; une vingtaine, qui résultent d’occultations d’étoiles par la lune, sont d’une très grande précision. Ces données ont été utilisées selon leur valeur relative pour établir les latitudes et les longitudes absolues d’environ neuf cents points reliés entre eux par le réseau de la triangulation.

Voici comment procédait M. d’Abbadie pour former ses triangles enchevêtrés. Profitant des points de sa route d’où il commandait un horizon libre et étendu, il plantait sur une pierre ou sur un trépied de bois son théodolite) lunette mobile sur deux axes qui permet de mesurer les gisemens des objets par une rotation horizontale et leur élévation apparente par une rotation dans un plan vertical. II faisait ainsi le tour de l’horizon, notant avec soin la direction et l’élévation des sommets les plus remarquables, des bosquets sacrés qui couvrent les églises, des bords abrupts de quelque précipice, des contours d’une île apparente au milieu d’un lac, enfin de tous les objets, qu’on pouvait espérer reconnaître plus tard d’une autre station. En même temps il esquissait sur son carnet une vue développée sous forme de panorama, ou du moins les contours des montagnes, les profils des pics, qui les couronnaient et l’indication approximative de la distance jugée à vue d’œil. La distance d’une montagne boisée peut se conclure de l’aspect plus ou moins distinct des arbres ; de près ils se séparent, de loin ils ne produisent que des effets de masses. Ces croquis, joints à des notes explicatives, ont été plus tard extrêmement précieux pour la construction de la carte ; ils ont permis de constater l’identité d’objets relevés à l’aventure de plusieurs stations différentes. Une série d’observations de ce genre est complète, s’il a été possible de prendre aussi la direction et la hauteur du soleil ; un calcul très simple permet dans ce cas d’orienter le panorama, c’est-à-dire d’y marquer les quatre points cardinaux.

C’est ainsi que M. d’Abbadie a relié, par une chaîne continue de triangles, son point de départ sur le littoral de la Mer-Rouge à sa dernière station en Kaffa et au mont Wosho, élevé de 5,060 mètres, qui est le point culminant du plateau éthiopien. Le nombre des relèvemens est de quatre à cinq mille : ils ont été effectués en trois