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l’ardeur, la confiance de ceux qui le combattent. Étrange contradiction ! ces deux forces sont en présence : ce que l’une paraît gagner l’autre devrait sembler le perdre. Il n’en estrien : de part et d’autre on grandit, on s’avance. A qui restera la victoire ? de quel côté est le progrès réel ? Nous n’avons pas le moindre doute, malgré cette apparente égalité de chances, que les chrétiens, s’ils le veulent, ont l’avenir pour eux ; mais à quel prix ? Il faut le leur dire franchement.

Avant d’en venir à cette confidence, entrons avec M. Guizot dans le camp des anti-chrétiens, estimons-en les véritables forces, examinons la formidable armée dont il s’agit d’avoir raison.


II

Ce qui distingue aujourd’hui la guerre qu’on fait au christianisme, c’est le nombre et la diversité des doctrines qui lui sont opposées. Ses adversaires se bornaient autrefois à essayer de le détruire, ils cherchent maintenant quelque chose de plus : ils travaillent à le remplacer. De là cette multitude de systèmes qui, chacun à sa guise, en termes plus ou moins obscurs et plus ou moins contradictoires, s’évertuent à trancher les grands problèmes naturels qu’agite le genre humain depuis qu’il est au monde, et que le christianisme a résolus d’une façon si simple, si complète et si lumineuse. La prétention de ces systèmes n’est pas d’être des religions ; ils se flattent seulement de devenir pour l’homme des guides suffisans, de lui expliquer l’énigme de ce monde, de pourvoir à tous les besoins de son cœur et de son esprit. Comme ils n’exigent ni sanction, ni pratique, ni responsabilité, comme ils sont indulgens et faciles poulies faiblesses de la nature humaine, on comprend qu’ils soient en faveur. Ils ont leurs croyans, leurs adeptes, disons-le même, leurs dévots. C’est là un des caractères de l’incrédulité moderne : en même temps qu’elle nie, elle affirme. Rien de plus rare de nos jours qu’un véritable incrédule, ne croyant absolument à rien, combattant la foi chez les autres et s’en abstenant pour lui. Nos incrédules d’aujourd’hui croient tous un peu à quelque chose : outre l’antipathie qu’ils ont vouée au christianisme, et qui est pour eux comme une foi commune, ils ont chacun leur foi particulière : les uns croient au panthéisme, les autres au rationalisme, ceux-ci au positivisme, ceux-là au matérialisme, sans compter tant d’autres ramifications de ces doctrines principales qui ont toutes aussi leurs croyans. Nous ne voulons pas dire que les anti-chrétiens se soient tous affiliés à la philosophie, que chacun ait sa secte, sa bannière, son credo, nous verrons même tout à l’heure que les plus dangereux