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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/696

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éternelle jeunesse se trahit à des signes certains. Ne les cherchez pas, ces consolans symptômes, ailleurs qu’au foyer domestique ou bien à l’ombre des autels, dans le secret de la maison de Dieu. N’en demandez pas l’expression officielle et publique ; ni les institutions, ni les lois, ni les monumens, ni rien d’extérieur, en un mot, dans le mouvement de la vie sociale, ne vous en donneraient un suffisant indice. Sous ce rapport, le contraste est frappant entre l’époque où nous vivons et les siècles qui nous ont précédés. Il y a quatre-vingts ans, pendant que les chrétiens, isolément et pris à part, se détachaient de plus en plus de Dieu, pendant que la croyance en Voltaire régnait au fond de presque tous les cœurs, la société restait extérieurement chrétienne, la religion présidait à tous les actes de la vie commune, les consacrait par sa présence et par ses bénédictions ; tout se faisait en son nom, sa souveraine autorité était inscrite et proclamée partout. Aujourd’hui c’est à peine si à longs intervalles, et encore pour des cérémonies où, par vieille habitude, on veut qu’elle figure et qu’elle seule peut d’ailleurs décorer convenablement, on lui concède un simulacre de ses préséances d’autrefois ; tout le reste du temps il n’est plus question d’elle, on s’en passe comme d’une superfluité, on l’évite comme un embarras, son nom n’est même pas prononcé. Vous la croyez tombée dans le dernier oubli, déchue, abandonnée, sans vie et sans honneur ; mais ce n’est là qu’une apparence : si vous portez vos regards plus avant, si vous soulevez certains voiles, la condition du christianisme va vous sembler tout autre. Pendant que le monde extérieur lui échappe, le monde de la conscience lui revient. Ce que les institutions lui refusent, les âmes commencent à le lui rendre. Que d’esprits rebelles ou perplexes qui peu à peu s’inclinent devant lui et bravement lui demandent secours ! Que de cœurs fatigués qui déjà lui doivent le repos ! Ne voyez-vous pas des familles entières, presque ignorantes jusque-là des douceurs de la foi, qu’un nouveau baptême semble avoir transformées ? C’est aux enfans presque toujours que sont dues ces métamorphoses : l’éducation chrétienne qui par eux s’introduit au foyer remonte jusqu’aux parens. La mère apprend les vérités qu’on explique à ses filles, elle s’y attache en les comprenant mieux, et pour les mieux enseigner les pratique ; le père lui-même sent la nécessité de ne pas troubler ses fils par la contradiction de ses propres exemples, et, devenu chrétien par devoir, il le demeure par affection.

C’est ainsi que sans bruit, sans éclat, par un travail latent dont les résultats seuls se laissent apercevoir, la foi s’étend et se propage. Il faut bien que ses rangs se recrutent et que les générations nouvelles, par le contingent qu’elles y portent, fassent plus que