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prévoyance, il les retrouvera au centuple dans la solidité des institutions sociales : il pourra réduire ses dépenses de charité, de police, d’armement ; 1 pour 100 payé, en trop dans les intérêts servis aux dépôts des caisses d’épargne, 1 pour 100 reçu en moins dans les primes payées pour l’assurance, se traduiraient en un déficit de quelques dizaines de millions, tandis que c’est par centaines qu’il faudrait compter les économies à obtenir sur les chapitres des dépenses publiques qui représentent la répression, la bienfaisance, les précautions préventives, etc.

Pouvons-nous, devons-nous suivre à cet égard l’exemple de l’Angleterre ? Dans le travail auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts, M. Cochin répond par l’affirmative. Il n’a pas de peine à démontrer que les assurances en cas de décès méritent l’appui de l’état plus que la constitution même des retraites ; il prouve que cette ingérence du gouvernement, qui se traduit pour lui par le sacrifice de très petites sommes, ne ressemble en rien à la théorie qui voulait faire de l’état le seul assureur ou le seul instituteur, comme d’autres en feraient volontiers le seul électeur et le seul journaliste, par la même raison qu’il a pu sans inconvénient être le seul fabricant de tabac et de poudre. Ce n’est pas tout, l’état seul peut instituer les petites assurances en cas de décès, car les compagnies particulières ont répudié ce rôle ou s’en acquittent mal. Elles ne veulent guère garantir de capitaux au-dessous de 10,000 francs : elles perdent plus qu’elles ne gagnent à réaliser des contrats dont les frais dépassent l’importance. Il y a plus, en cas de réussite, le nombre de ces opérations pourrait s’élever si haut que le travail dépasserait les forces d’une société particulière. Par toutes ces raisons, l’état n’est point un concurrent pour les compagnies, on peut même dire qu’il leur viendrait en aide. Tout progrès réalisé en appelle d’autres : l’habitude de l’assurance contractée pour de petites sommes ne tarderait pas à se développer, à pousser à de plus grands efforts, et comme le maximum garanti par l’état formerait une limite assez étroite, ce serait l’état lui-même qui élèverait pour les compagnies particulières une clientèle dont les ressources, en raison de l’accumulation, paraissent infinies.

À toutes ces considérations, dont la moindre réflexion permet d’apprécier la valeur, une dernière s’ajoute, tirée de notre état social et des éventualités politiques que l’avenir semble nous réserver. Sans médire du temps présent, sans reproduire des regrets inutiles, il ne faut pas cesser d’envisager et de prévoir les conséquences de jour en jour plus accusées de la révolution dont il y a dix-huit ans la France a pris l’initiative avec plus ou moins de conscience de son œuvre, et dont elle demeure aujourd’hui le