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avec le progrès des assurances, puisque c’est dans les villes les plus commerçantes, dans les grands centres d’industrie, que les sociétés françaises recrutent leur plus nombreuse clientèle, et puisque le développement de leurs opérations dans les dix dernières années correspond avec le développement de notre commerce intérieur et extérieur.

Ce serait s’étendre en lieux communs et en moralités banales que de revenir après tant d’esprits généreux et éclairés sur le caractère bienfaisant des assurances en cas de décès : il n’est pas besoin non plus de montrer tout ce qu’en peut tirer le crédit personnel des individus. De même qu’on ne veut prêter de l’argent sur un bâtiment que s’il est assuré contre l’incendie, on ne devrait ouvrir de crédit à un débiteur que s’il était assuré contre la mort. Aussi l’assurance en cas de décès a-t-elle reçu les appellations les plus louangeuses ; c’est le patrimoine universel selon M. Borie, le vrai créateur de capital selon M. About, l’élimination du risque de la mort suivant M. Reboul. Après M. Michel Chevalier, M. Batbie et tant d’autres, il n’y a plus à signaler la portée morale et économique de ces opérations ; mais il semble toujours, en ce qui concerne le public français, que l’opinion persiste à considérer de telles affaires comme ; médiocres, ne donnant pas des résultats proportionnés aux sacrifices. On sait de reste qu’on ferait œuvre pie et action sage en assurant un capital réalisable à son décès ; mais on craint, et c’est ce préjugé surtout qu’il importe de combattre, de travailler principalement pour des actionnaires égoïstes, d’être en un mot une dupe ; surtout on se flatte de faire mieux que les compagnies elles-mêmes, pourvu que Dieu prête vie.

La grande prospérité des compagnies a pu autoriser cette défiance : il faut toutefois y prendre garde. Si les fautes de la jeunesse ne portent ordinairement que dans la vieillesse leurs fruits amers, on doit attendre de longues années pour juger du succès définitif des sociétés d’assurances. L’exemple de toutes ces compagnies ne pourrait donc encore être invoqué, principalement en France, où cette industrie ne date pas de loin ; mais les bénéfices qu’elles réalisent, fussent-ils certains et considérables, ce serait encore, pour tout esprit positif le motif déterminant d’aller à elles, car ces bénéfices garantissent la seule condition essentielle, la sécurité du résultat. Que si, pour épuiser toutes les objections, on s’arrête à cette pensée, qu’il vaut mieux s’assurer soi-même et faire comme les grandes entreprises de travaux publics qui, au lieu de payer des primes à des sociétés d’assurances contre l’incendie, créent une réserve spéciale à cet effet ; si l’on se flatte, en se constituant une épargne, de l’employer mieux que les compagnies n’utilisent les primes reçues, et par conséquent de s’attribuer le bénéfice entier