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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/558

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le regretter, n’a pas été la même en notre pays que de l’autre côté de la Manche par exemple. Ainsi, tandis que M. Dupin aîné réveillait dans l’enceinte du sénat l’écho des anathèmes lancés par nos vieux jurisconsultes, Émerigon, Pothier et leurs commentateurs modernes, Portalis, Merlin, Pardessus, contre les assurances sur la vie humaine, cette valeur qui n’est pas estimable à prix d’argent, l’honorable M. Gladstone présentait aux chambres anglaises une loi qui avait pour but d’appliquer la garantie de l’état, chose grave, aux petites assurances en faveur des classes ouvrières.

Comment nous sommes-nous laissé devancer à cet égard par un pays qui répugne si vivement à l’ingérence gouvernementale dans la gestion des intérêts particuliers ? Quel est l’état de l’opinion en France sur un mode de placement que les peuples pratiques par excellence, les Anglo-Saxons d’Europe et d’Amérique, recherchent avec un empressement inouï ? Quel progrès devons-nous souhaiter et prévoir pour nous-mêmes dans ce genre d’opérations ? de quels perfectionnemens les procédés usités jusqu’à présent en France paraissent-ils susceptibles ? C’est ce qu’il nous faut indiquer en noua appuyant sur les écrivains qui ont traité ce sujet, mais sans trop nous arrêter, comme ils l’ont fait pour la plupart, à la portée philosophique et morale de ces procédés, qu’à la grande surprise du public le membre du sénat que nous citions tout à l’heure réprouvait si témérairement comme entachés d’égoïsme ou comme une provocation active à l’assassinat.


I. — ASSURANCES EN CAS DE VIE.

Les assurances qui s’appliquent à la personne humaine ont donné lieu à des combinaisons diverses que l’on range d’ordinaire en deux catégories, celles qui se proposent de rendre la vie de l’homme plus facile, celles qui ont pour but de réparer le dommage causé par sa mort aux intérêts de ses héritiers. Les premières sont dites assurances en cas de vie, les secondes assurances en cas de mort. L’épargne étant le seul moyen de constituer l’assurance, on pourrait à la rigueur faire rentrer dans le cadre de ces institutions toutes les formes que prend l’épargne quand d’individuelle elle devient collective. Les sociétés de secours mutuels sont de véritables sociétés d’assurances, même celles qui ne promettent à leurs membres que des secours en cas de maladie ou de chômage et des services funèbres après leur mort. C’est principalement sous cette forme que la prévoyance individuelle, pour parer à des risques futurs au moyen d’un léger prélèvement sur les ressources présentes, a pris de nos jours le plus d’extension. Le total des friendly societies en Angleterre s’élevait, il y a quelques années, à 30,000. En France, le