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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/53

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l’interruption que le départ du pape de Rome apportera nécessairement aux nombreuses et graves affaires qui s’y traitent. Il y faut un motif religieux hautement annoncé et réellement atteint. Le pape entend dire que l’utilité positive de la religion, présentée en termes exprès dans l’invitation qu’il doit recevoir et réellement atteinte en résultat, peut seule mettre l’abandon de son siège à l’abri du blâme des catholiques; la dignité et l’honneur du chef de la religion l’exigent également. Si donc le saint-père doit quitter Rome pour aller à Paris, il est d’une indispensable nécessité que la lettre d’invitation que lui écrira l’empereur ne se borne pas à dire que, dans le désir d’être sacrée et couronnée par le saint-père, et dans l’impossibilité où elle est de se rendre à Rome, sa majesté impériale prie sa sainteté de venir pour la cérémonie à Paris. Il sera en outre absolument nécessaire d’ajouter à cette raison un motif religieux, et que ce motif, mis en belle place dans la lettre, soit exprimé bien clairement et paraisse au moins aussi essentiel que l’autre [1]. » Les termes dans lesquels la lettre de l’empereur devait être rédigée paraissaient si importans au cardinal qu’il s’enhardissait jusqu’à en tracer le plan et indiquer les expressions mêmes dont il serait à propos de se servir. Ce n’est pas tout. Le fond ne lui tenait pas moins à cœur que la forme. C’est pourquoi il prenait un soin égal à bien préciser ce que le saint-père entendait par les avantages réels que la religion catholique devait retirer de la démarche qu’on faisait près de lui. Il les énumérait dans plusieurs notes officielles que le légat était chargé de mettre sous les yeux de l’empereur et de son ministre des relations extérieures. Quoique le mot de conditions ne fût pas employé, et qu’on eût préféré par politesse adopter les expressions italiennes temperamenti e modi, c’étaient bien des conditions véritables qu’on se proposait de mettre à l’acceptation définitive, et le cardinal Caprara avait ordre de le déclarer positivement. Ces conditions étaient de différente nature et toutes d’une véritable gravité. Le point qui affectait le plus vivement le pape regardait les lois organiques. Sa sainteté voulait être assurée qu’elle pourrait renouveler à l’empereur les représentations déjà faites contre ces lois, que l’empereur les accueillerait toutes, et lui donnerait à ce sujet, avant ou après le couronnement, une complète satisfaction. Le saint-siège exigeait également que le gouvernement français donnât par écrit, au nom de l’empereur, la certitude que les évêques constitutionnels feraient entre les mains du pape leur rétractation positive, et dans le cas peu probable où l’un d’eux ne voudrait pas s’y prêter, le gou-

  1. Le cardinal Consalvi au cardinal Caprara, 6 juin 1804.