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tard, des mouvemens considérables du sol y ont eu lieu, et ont soulevé à 180 mètres au-dessus du niveau de la mer les bancs calcaires déposés au fond de l’eau et remplis de fossiles marins qui entourent aujourd’hui la colline où s’élève le Kastron. Tout autour de celle-ci, des coulées de trachyte se sont répandues dans différentes directions sur une grande longueur. Tantôt la roche qui les forme est entièrement composée de gros cristaux qui brillent d’un vif éclat aux rayons du soleil, tantôt elle a l’apparence d’un verre noir homogène, et constitue ce que les minéralogistes ont appelé de l’obsidienne. Il semble que la matière fondue ait subi dans ce cas un brusque refroidissement, et qu’elle se soit solidifiée avant d’avoir eu le temps de prendre une structure cristalline. Près de l’entrée du port, ce genre de lave présente une grande épaisseur et jonche le sol de ses fragmens, qui sonnent sous les pas comme des débris de verrerie. On remarque en outre plusieurs excavations d’où s’échappent des torrens d’acide carbonique. On a creusé ces cavités, il y a quelques années, pour y exploiter le soufre contenu dans le sol ; mais les galeries avaient à peine atteint quelques mètres de profondeur, lorsque l’abondance des gaz délétères força d’interrompre le travail. Le gisement de soufre en ce point n’était pas assez riche pour couvrir les frais que nécessiterait une ventilation suffisamment énergique, et l’exploitation a été abandonnée. A peu de distance, au milieu même des champs cultivés, les émanations sont bien plus actives encore. Le soi est brûlant, le moindre trou que l’on creuse se remplit immédiatement d’acide carbonique; partout on sent l’odeur désagréable de l’hydrogène sulfuré, et l’on marche au travers d’un nuage épais de vapeur d’eau.

Plus loin, au sud-est, se trouvant les falaises de Kalamo, étudiées et décrites avec soin par les différens géologues qui ont visité Milo. Elles tombent à pic sur la mer à une hauteur de 120 mètres, tandis qu’elles s’abaissent du côté de la terre par une pente insensible. Elles sont principalement formées par une masse de trachyte comme la butte du Kastron. Au sommet, des vapeurs acides se dégagent de toutes parts ; la roche qu’elles imprègnent est profondément altérée et transformée en une sorte d’argile blanchâtre. Des cristaux de soufre allongés comme de fines aiguilles couvrent la surface de la terre, et à quelques centimètres de profondeur la chaleur est intolérable. Tous ces phénomènes ne sont rien pourtant, comparés à ceux dont le même lieu a été autrefois le théâtre. Pendant l’une des dernières époques géologiques et probablement durant un temps très long, cette partie de Tîle a possédé des sources d’eau bouillante tenant en dissolution de la silice, c’est-à-dire la substance minérale qui compose le grès de nos pavés et les pierres à fusil. En se refroidissant, l’eau abandonnait cette silice sous la forme d’un dépôt gélatineux qui, traversé par des bulles de gaz et de vapeur, prenait une texture spongieuse. Plus tard, cette matière a pris de la consistance, et tout en conservant sa structure caverneuse, s’est transformée en une pierre d’une excessive