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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/460

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d’éléphans que par exception à Galle ou à Colombo, où on leur reproche d’effrayer les chevaux, et d’ailleurs les Anglais ont prosaïquement constaté que ces derniers sont près des villes d’un usage plus économique et plus avantageux. Le service local entretenait jadis soixante éléphans pour les travaux des routes; à peine en conserve-t-il aujourd’hui une douzaine, et quoiqu’il en reste encore beaucoup à l’état sauvage dans les forêts de l’intérieur, on n’y verrait probablement plus de ces magnifiques troupeaux de deux cents têtes dont il est fait mention aux premiers temps de l’occupation anglaise. On trouve dans l’ouvrage de sir Emerson Tennent sur Ceylan le récit très intéressant d’une des dernières grandes chasses dont l’île ait été le théâtre. Bien que deux mois eussent été consacrés à conduire graduellement les victimes désignées dans le voisinage de l’enceinte palissadée qui devait se refermer sur eux; bien que toutes les précautions eussent été prises, au moment décisif on ne réussit à faire entrer dans le coterai que neuf éléphans sur un troupeau de cinquante, et il ne fallut pas moins de trois jours entiers pour se rendre maître d’eux. Rien n’est curieux en pareil cas comme l’intelligence des éléphans privés à remplir leur rôle dans cette opération délicate, qui serait à peu près impossible sans eux. Il semble qu’ils y prennent un véritable plaisir. Suivant la scène d’un œil vigilant, ils protègent au besoin le gardien chargé de la dangereuse mission de passer le nœud coulant au pied du prisonnier, et ils saisissent à merveille le moment où, le nœud étant lancé, ils doivent tendre la corde dont ils tiennent l’autre l’extrémité. Leur sang-froid parfait contraste avec la fureur des captifs, et l’on croirait volontiers qu’ils s’applaudissent du succès obtenu, à voir leur air de contentement et de satisfaction aux intervalles de repos, en se battant nonchalamment les flancs avec une branche d’arbre en guise d’éventail. Les chasseurs isolés ont aussi fait disparaître un grand nombre d’éléphans, et ce massacre eût été plus considérable, si la nature avait donné à ces animaux, à Ceylan comme en Afrique, les défenses d’ivoire qui ajoutent un si grand prix à leur dépouille. La chronique de l’île a conservé le souvenir d’un officier, le major Rogers, qui fut foudroyé d’un coup de tonnerre en 1845, après avoir tué de sa carabine plus de douze cents éléphans et avoir acheté du produit de sa chasse ses grades dans l’armée l’un après l’autre. Dans la seule province du nord, il en fut tué trois mille cinq cents de 1845 à 1847, et deux mille dans la province du sud de 1851 à 1856. Il est donc à craindre qu’au XXe siècle l’éléphant de Ceylan ne soit passé à l’état légendaire. Cependant nul plus que lui ne justifiait les éloges qui ont été souvent donnés à son merveilleux instinct, et les rajahs de