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à Ceylan, car il s’y est acquis depuis cinquante ans une importance bien supérieure à celle qu’il avait sous le régime également protestant des Hollandais. Il ne comptait guère que 70,000 adhérens au commencement du XVIIIe siècle; en 1848, ce nombre était de 113,000, et il est de 157,000 aujourd’hui. Les prosélytes se recrutent surtout parmi les Malabars, les Parsis, les Maures, les Hindous, qui chaque année immigrent de la côte voisine dans l’île, et s’y fixent en partie. Un progrès aussi marqué détermina en 1849 la création d’un second vicariat apostolique dans la partie septentrionale de Ceylan, à Jaffna; le premier a pour centre Colombo. Chacun de ces vicariats est desservi par vingt-six prêtres européens. Leur empire est si bien établi sur l’esprit des fidèles, que lorsqu’en 1840 l’administration jugea devoir abolir un impôt de 150,000 francs sur la pêche, d’un commun accord les pêcheurs s’entendirent pour faire généreusement hommage de cette rente au clergé, qui la touche encore aujourd’hui. Les tentatives des missionnaires de la religion réformée, wesleyens pour la plupart, ont au contraire été couronnées de peu de succès malgré les circonstances politiques, qui semblaient devoir les favoriser, malgré un zèle incontestable, enfin malgré la libéralité avec laquelle étaient répandus les tracts, livres de piété sur lesquels repose en partie cette propagande. Le révérend M. James Selkirk nous apprend à ce sujet que pendant quatre années consécutives d’apostolat il en a distribué, dans le district dont il était chargé, 123,000, 210,000, 260,000 et 409,000!

La cannelle, qui fit si longtemps la gloire et la richesse de Ceylan, ne figure plus en quelque sorte que pour mémoire sur la liste des produits de l’île, et l’histoire de cette grandeur suivie de cette décadence est féconde en enseignemens économiques dont la Grande-Bretagne a su tirer parti. Sous les Hollandais, qui n’y allaient pas de main morte, toute atteinte au monopole que s’était attribué le gouvernement était punie du dernier supplice. L’administration anglaise, moins sévère, conserva néanmoins cette propriété jusqu’en 1832, et ne s’en dessaisit alors que dans la ferme persuasion que la nature avait doté Ceylan de cet arbre précieux à l’exclusion de toute autre colonie; mais quelques autres pays, Java surtout, ne tardèrent pas à dissiper cette illusion, et le gouvernement, qui avait imprudemment taxé l’exportation de la cannelle à 3 shillings par livre, se vit promptement débordé par la concurrence. En vain abaissa-t-il les droits, en vain mit-il en vente l’un après l’autre ses magnifiques jardins de cannelliers de 15 à 20 milles de tour, la poule aux œufs d’or était tuée, les jardins se découpaient en villas, et l’ensemble de cette récolte, dont l’impôt suffisait à défrayer jadis plus de la moitié des dépenses de la colonie, ne s’élève