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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/442

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Un hasard les amène, un hasard les emporte,
Et le caprice en fait et défait le lien;
Ce qu’elle est devenue? hélas! tu n’en sais rien;
Peut-être qu’elle vit, peut-être qu’elle est morte,
Que t’importe?
Et pourtant, souviens-toi, cette enfant t’aimait bien.

O faciles amours de nos jeunes années.
Grandissantes si tôt, si vite abandonnées,
Et qui dans les chansons, les parfums, les couleurs,
Ont vécu d’un sourire et n’ont pas eu de pleurs,
Et sont nées
Et mortes en un jour ainsi que font les fleurs !

Ah! baisers à l’évent! cœur qui flambe ! œil qui brille!
Grelot dans un lilas! beau rire de métal!
Trésors des premiers ans, comme l’on vous gaspille!
Mais si le rire est doux, le réveil est brutal...
Pauvre fille,
Qui songe à toi peut-être en son lit d’hôpital!

Celle que tu nommais jadis ta bien-aimée.
Car, ne fût-ce qu’un jour, tu l’as ainsi nommée,
N’a peut-être pas même une si douce fin.
Y songes-tu parfois qu’elle peut avoir faim?
Affamée!
Elle qui t’a donné le pain de l’âme enfin!

Est-ce qu’en y pensant rien ne brûle ta joue ?
Et peut-être est-ce encor pire que tout cela!
(Qui sait à quel poteau la misère les cloue?)
Peut-être est-elle où sont les autres que voilà :
Dans la boue...
Un lambeau de ta vie est pourtant resté là !

Lâcheté de la vie! oubli! dédain suprême !
Ainsi donc c’est ainsi qu’elles doivent finir.
Celles que l’on désire et l’on flatte et l’on aime?
Dans la nuit sans écho du plus sombre avenir,
Et sans même
Cette aumône du cœur qu’on nomme souvenir!