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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/429

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lyse si difficile sur les grands glaciers de la Suisse et de la Savoie.

A la surface, j’observai d’abord quatre de ces lignes paraboliques (dirt bands des Anglais) dont nous avons déjà parlé; la convexité de ces courbes était tournée non pas vers le bas du glacier, mais vers le haut. La courbure de ces ogives n’est donc pas uniquement due, comme le suppose M. Forbes, à la progression du glacier. La fusion de la glace, plus active sur les bords que vers le milieu, explique parfaitement la convexité de ces courbes et leur direction vers le haut du glacier en sens contraire de sa marche [1]. M. Tyndall considère ces courbes paraboliques comme une conséquence de la dislocation du glacier, lorsque celui-ci fait cascade sur une plus forte pente où il se crevasse et se déchire; mais le petit glacier du Faulhorn marche sur une faible pente parfaitement uniforme : ces cascades glaciaires ne sauraient donc être la cause des courbes paraboliques ou bandes noires que l’on remarque sur les parties moins inclinées qui succèdent à de fortes pentes. Presque tous les grands glaciers des Alpes présentant en un point quelconque de leurs parcours les dénivellations subites qui produisent les cascades, et ces courbes étant surtout visibles sur la partie inférieure des glaciers, il est clair qu’elles succèdent bien souvent à ces cascades. Cependant il y a des exemples contraires. Ainsi le glacier du Lauteraar, principal affluent du glacier inférieur de l’Aar, descend sur une pente douce du col compris entre le Schreckhorn et le Berglistock, et présente néanmoins de nombreuses courbes paraboliques [2].

La formation de ces courbes s’explique très simplement. Un glacier n’est en définitive que l’accumulation des différentes couches de neige de l’hiver de chaque année, qui se superposent et se convertissent en névé, puis en glace, par suite de la fusion, de l’infiltration de l’eau et de la pression des parties supérieures. Les courbes paraboliques sont les bords de ces couches, qui forment comme autant d’écaillés superposées et fondent à mesure qu’elles descendent. Les bords en paraissent noirs, parce qu’elles sont couvertes des impuretés amassées pendant tout le temps que leur surface a été exposée à l’air : cela se voyait avec la dernière évidence sur le petit glacier du Faulhorn, et je suis heureux d’être d’accord sur ce point avec M. Forbes et mon ami M. John Bail, président de l’Alpine club de Londres, si digne de cet honneur par les courses aventureuses et les études qu’il a faites sur les glaciers et la végétation de la Suisse.

  1. Voyez, pour plus de détails, Nouvelles observations sur le glacier du Faulhorn, Bulletin de la Société géologique de France, 2e série, t. II, p. 223, 1845.
  2. Voyez les planches C et III de l’atlas des nouvelles Études sur les Glaciers, de M. Agassiz.