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lorsque leur cours est ralenti par un obstacle; on voit alors les impuretés qui les recouvrent former des anses ou courbes paraboliques semblables à celles qu’on observe sur les glaciers. M. Forbes crut trouver une éclatante confirmation de sa théorie lorsqu’il revit ces bandes sur l’extrémité des coulées de lave du Vésuve, et en effet je les ai vues, comme lui, en 1852, nettement dessinées sur une coulée de lave qui descendit pendant l’année 1819 du côté de Pompéi.

Tous ces faits sont vrais, mais l’explication donnée par M. Forbes ne l’est pas. En effet, 1° la constitution moléculaire de la glace n’est pas homogène comme celle d’un corps visqueux tel que le goudron et la mélasse, dont les particules sont unies les unes aux autres : la glace des glaciers est fissurée et se compose de fragmens de glace enchevêtrés les uns dans les autres, mais séparés par des espaces capillaires remplis d’eau ; 2° un corps visqueux a une densité uniforme dans toutes ses parties. La glace des glaciers se compose de bandes alternatives de glace blanche remplie de bulles d’air et de glace bleue plus dense parce qu’elle en est presque entièrement dépourvue. La structure de la glace des glaciers est donc fort différente de celle des corps visqueux. Voyons si ces corps, quand ils coulent dans un canal comparable au couloir où se meut le glacier, se comportent comme celui-ci. La pente de ces couloirs n’est pas uniforme : elle change souvent et presque toujours brusquement; dans ce cas, le glacier se crevasse, mais la partie inférieure ne se sépare pas de la partie supérieure, la masse reste toujours continue. Si au contraire on fait couler un corps visqueux sur un plan dont l’inclinaison change subitement, la partie inférieure coulera plus vite que la supérieure et s’en séparera. Il y a plus : si les glaciers étaient des masses visqueuses, ils descendraient d’autant plus rapidement que la pente est plus forte. Or l’expérience prouve le contraire. Ainsi M. Desor a trouvé que le petit glacier du Grünberg, affluent de celui de l’Aar, descend sur une pente de 30 à 50 degrés avec une vitesse de 22 mètres par an, tandis que celui de l’Aar, dont la pente moyenne est de à degrés seulement, avance de 77 mètres en une année. En 1846, du 13 au 31 août, ce petit glacier avait progressé d’après mes mesures de 2m, 22, tandis que le glacier de l’Aar avait marché de 2m, 94 dans le même espace de temps. Ces faits étaient inconciliables avec la théorie de la viscosité. M. Hopkins s’en aperçut le premier en appliquant le calcul à la marche des glaciers; mais il était réservé à un physicien anglais, déjà célèbre, quoique jeune encore, M. John Tyndall, de perfectionner la théorie du mouvement des glaciers par ses observations et par ses expériences.