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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/42

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sadeur, comment l’ancien commissaire des guerres se serait-il tout d’abord trouvé au niveau d’une fortune si complètement inattendue? Non-seulement ses fonctions diplomatiques étaient pour lui toutes nouvelles, mais le terrain de la cour de Rome lui était parfaitement inconnu. En France, le rôle d’un cardinal oncle du chef de l’état avait été dès les premiers jours prépondérant. La plupart de ses collègues de l’épiscopat, fort enclins à s’exagérer le crédit du nouvel archevêque de Lyon, s’étaient adressés à lui comme à l’intermédiaire le plus utile auprès de son tout-puissant neveu. Il les avait secondés de son mieux et parfois avec efficacité. Un pareil patronage lui avait attiré, de ce côté des monts, la déférence du clergé de tous les rangs. La première erreur du cardinal Fesch fut de s’imaginer qu’il en serait ainsi de la part des ecclésiastiques romains; la seconde, non moins grande, fut de se persuader qu’il ajouterait encore à son crédit, s’il affichait à Rome dès son début les plus hautaines prétentions. Les souvenirs de la mission de MM. de Créqui et de Lavardin sous Louis XIV, du cardinal de Bernis sous Louis XV, hantaient l’imagination du nouvel ambassadeur lorsqu’il franchit les portes de la ville éternelle. Ni MM. de Créqui et de Lavardin, ni le cardinal de Bernis n’étaient oncles du prince qu’ils étaient venus représenter auprès du Vatican, et le cardinal, qui déjà se figurait les laisser loin derrière lui par l’éclat de son rang, se promettait bien de ne les pas moins surpasser par l’étendue de son influence.

A Rome, où l’on a vu tant de choses, où l’on a pris depuis tant de siècles l’habitude de ne s’étonner de rien, la présence de cet oncle, ambassadeur de son propre neveu, ne produisit pas tout l’effet qu’en attendait le cardinal Fesch. Sans doute l’envoyé du premier consul fut reçu non-seulement avec tous les égards qui lui étaient dus, mais encore avec des attentions infinies et des recherches toutes particulières. Peut-être fut-il cependant un peu surpris, lui si fier de son rang nouveau, de s’entendre doucement expliquer comment, fidèle aux traditions de tous les temps, l’église romaine, par des raisons inhérentes à son régime intérieur, n’avait jamais autorisé aucun cardinal à prendre auprès d’elle le titre d’ambassadeur. Elle ne pouvait donc, comme à tous ses prédécesseurs, lui reconnaître que le titre de ministre ou de chargé d’affaires : c’était un premier déboire, ce ne fut pas le seul. A Rome, le cardinal Fesch était exposé à rencontrer dans plus d’une occasion officielle les représentans de quelques cours, en petit nombre d’ailleurs, qui n’étaient pas en bons termes avec le gouvernement français. Le roi de Piémont, dépouillé par Napoléon de ses états de terre ferme, était venu fixer sa résidence dans les paisibles murs de cette ville, habituée de longue date à prêter son hospitalité aux souverainetés dé-