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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/363

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dans la matière. En étudiant cette force qui est lui-même, il voit clairement que c’est là non certes une abstraction ou une idée logique, mais un être réel connu à titre d’individu, de personne vivante. Au fond donc ou nous ne concevons pas du tout l’essence des corps, ou si nous concevons la matière, c’est comme un ensemble de forces actives. Qu’elle ne soit plus cela, elle ne sera plus rien. On nous répondra sans doute que Hegel n’a nullement nié que la force fût un des principes de la matière. Nous ne l’oublions pas; mais il a placé l’idée dépourvue de force avant l’idée douée de force, ou, si l’on veut, avant l’idée devenue force. C’est assez pour avoir enlevé à son premier principe l’énergie active et féconde dont il avait besoin. De même l’espace, qui, d’après Hegel, est le premier principe de la matière, n’a dans sa doctrine la puissance active à aucun degré. Comment donc agira-t-il, comment se fera-t-il lui-même matière ? On ne le voit pas.

S’il était possible de séparer les théories de Hegel relatives à la matière, au mouvement et à la force, de ses vues sur les formes, les types et les espèces, il n’y aurait rien d’excessif à dire que celles-ci sont admirables. Sans doute Hegel a trop fortement serré les liens qui unissent la nature et la raison : il s’est trompé en confondant un rapport d’harmonie avec un rapport d’identité; mais du moins n’a-t-il pas méconnu ces profondes et merveilleuses consonnances par lesquelles la raison et la nature s’appellent, se répondent, se font écho l’une à l’autre. Ce grand esprit n’a pu croire que l’univers fût l’empire de l’aveugle hasard; il a vu que la nature a des habitudes régulières, des formes préférées, des types constans, des lois permanentes. à a compris en même temps que la raison, aidée de l’expérience, était capable de retrouver ces formes, de les reconstruire au besoin et de s’en servir comme d’un exemplaire pour juger la nature elle-même et distinguer dans ses œuvres la beauté de la laideur. Cette partie de la Philosophie de la Nature, parfaitement traduite et commentée par M. Véra, est d’un intérêt puissant. Là était le germe de cette Esthétique si ingénieuse, si riche, si souvent juste et solide, qui a tant ajouté à la gloire de Hegel, quoiqu’il ne l’ait pas publiée lui-même. Dans cette Zoologie qui termine le troisième volume de la traduction, il y a des parties que n’ont pu entamer ni les plus récens progrès, ni les hardiesses les plus inattendues de la science. Pourquoi sommes-nous forcé d’ajouter que ces théories, dans ce qu’elles ont d’excellent, sont le fruit non pas de la méthode spéculative, mais d’une méthode plus large et plus ouverte, où ont pénétré, en dépit du maître, les résultats de l’observation physique et de l’analyse psychologique?

Je n’insisterai pas davantage sur cet ouvrage considérable. Mon