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unité pourra être obtenue par le mélange de plus en plus homogène d’élémens primitivement séparés.

Nous venons de laisser entrevoir que la dernière partie de la science du langage consiste dans des inductions. C’est le terme et le but légitime de toutes les sciences naturelles. Ces inductions reposent sur les faits observés, analysés, comparés, classés, et ne laissent par conséquent que fort peu de place au doute ou à l’erreur. A mesure que l’on avance dans l’étude, on se convainc que la parole humaine est soumise dans sa marche à des lois constantes, analogues aux autres lois naturelles, et qu’il est possible de dégager. Ces lois sont les mêmes pour toutes les langues; elles ne varient ni en elles-mêmes ni dans les applications : ce qui diffère d’une langue à l’autre, c’est la matière à laquelle elles s’appliquent, matière plus ou moins simple, plus ou moins élaborée durant le cours des temps. Une fois en possession de ces lois, on peut se diriger dans l’étude des transformations successives des langues, en suivre d’un côté la décadence et la disparition, et.de l’autre, remontant de forme en forme, les voir se séparer les unes après les autres de la souche d’où chaque famille est issue; on peut pénétrer dans le passé des langues mères, enfin se rendre compte de leur naissance et de leurs premiers essais. C’est alors que s’élève pour le philologue, comme il s’était élevé pour le philosophe, le problème général de l’origine du langage; mais il se présente maintenant dans des conditions toutes nouvelles. Les philosophes n’avaient pour le résoudre que les lois générales de l’esprit qui ne supposent pas nécessairement l’existence du langage, et quelques hypothèses sur lesquelles il était impossible, ridicule ou inhumain de tenter des expériences. La science du langage offre aujourd’hui pour base solide plusieurs milliers d’expériences où les faits ont été analysés et coordonnés, et un ensemble de lois parfaitement établies dont l’application résout déjà presque à elle seule le grand problème.


III.

Ce sont ces lois et ces résultats généraux de la science que nous allons maintenant exposer. Les deux ou trois exemples que nous avons cités, et auxquels il est aisé d’en ajouter d’autres par centaines et par milliers, font distinguer dans les langues telles que la nôtre deux sortes d’élémens. L’un est en quelque sorte matériel, à peine variable, monosyllabique; c’est la racine. Il a une signification par lui-même, c’est lui qui rattache à une même famille tous les mots dont il forme la base et qui exprime l’idée fondamentale contenue dans chacun d’eux; c’est par exemple sta dans les mots