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Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/289

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ques et sûrs pour faire servir ce corps aux usages de la vie. Il en est de même de la science du langage : elle n’a point pour but de faciliter l’étude de quelque langue que ce soit à celui qui a besoin de l’apprendre pour s’en servir; mais la connaissance analytique du langage et des lois qui ont présidé à la formation des langues permet le plus souvent d’analyser un mot dans une langue donnée, de le rapporter à son origine, et de reconnaître la manière dont il s’est formé. Celui qui possède ces connaissances peut bien ensuite apprendre avec plus de facilité une langue qu’il ne connaît pas, et même restituer leur sens à des idiomes perdus dont on n’aurait que les monumens écrits; mais ce ne sont là que des applications de la science, ce n’est pas la science elle-même. Exiger d’elle autre chose que ce qu’elle se propose, faire de la philologie comparée une grammaire pratique universelle, c’est non-seulement ne pas en comprendre la nature et la portée, mais encore la déprécier en exposant à des mécomptes inévitables ceux qui ne la cultiveraient qu’en vue d’études d’un autre ordre. La science pure est supérieure aux applications. Celles-ci ont pour objet de ménager notre temps et de faciliter pour nous le travail de la vie; mais comme tout ce travail, aux yeux d’un homme réfléchi, ne doit lui-même avoir pour terme suprême que le progrès de l’intelligence, on voit que les applications de la science retournent en définitive à la science elle-même, et que le plus court est de marcher à elle directement avec la pensée que rien au monde n’a une valeur comparable à la sienne.

Comment donc la science du langage est-elle constituée? quel en est l’objet, quelle en est la méthode? L’objet, nous l’avons dit, ce sont les mots dont se composent toutes les langues, comme l’objet de la minéralogie n’est autre que les pierres et les terrains dont se compose le globe de la terre. La méthode est celle de toutes les sciences d’observation; elle réunit les quatre séries d’opérations que l’on trouve dans chacune d’elles, l’analyse, la comparaison, la classification et l’induction. L’analyse porte sur chacun des mots de chacun des idiomes vivans ou morts; s’il était nécessaire de la faire complète, elle se répéterait autant de fois qu’il y a aujourd’hui et qu’il y a eu autrefois de mots prononcés par une bouche humaine. Il faudrait donc dresser un dictionnaire aussi complet que possible de chacune de ces langues, qui, avec leurs dialectes, sont au nombre de plusieurs centaines, et dans chacun de ces vocabulaires appliquer l’analyse aux mots qui y seraient énumérés, depuis le premier jusqu’au dernier. A chaque mot répondrait un article plus ou moins étendu dans lequel le lecteur verrait séparées les unes des autres les parties dont il serait composé, avec la signification de chacune d’elles. Ce travail de décomposi-