Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/283

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui les transporta dans Rome au temps de Pompée, et qui composa pour les jeunes Romains la première grammaire pratique de la langue grecque. Nous pensons néanmoins que les études du même genre étaient cultivées dans Rome, quoique avec moins de méthode, longtemps avant Pompée, car il y eut des hommes célèbres qui, bien que Romains, parlèrent avec pureté la langue des Hellènes, au point de pouvoir haranguer en grec les Grecs eux-mêmes : tels furent Tibérius Gracchus et le consul Flamininus. On sait aussi que la première histoire romaine fut écrite en grec par Fabius Pictor deux siècles avant Jésus-Christ, et que ce besoin d’apprendre et d’employer la langue des Hellènes devint général dans l’aristocratie romaine depuis le temps des Scipions. Dès que les Romains furent en possession d’une véritable grammaire grecque, l’enseignement des langues fut donné chez eux à peu près comme il se donne aujourd’hui chez nous. On traduisit littéralement en latin les termes inventés par les érudits d’Alexandrie : ainsi l’on vit apparaître les noms des cas, des genres, des personnes, les mots déclinaison et conjugaison, et une foule d’autres dont la signification latine ne s’explique souvent que par la langue grecque, d’où ils ont été traduits. C’est ainsi que l’étude empirique des langues fut constituée.

La grammaire de Denys le Thrace fut complétée par ses successeurs grecs et latins; mais le fond resta le même pendant toute la durée du moyen âge et des temps modernes : non-seulement les deux empires de Rome et de Constantinople n’ajoutèrent presque rien à l’œuvre des anciens grammairiens; mais, ce qui est bien digne de remarque, la scolastique du moyen âge, qui aurait dû être si intéressée à conserver la pureté de la langue latine et à en développer l’étude scientifique, ne fit pas faire un seul pas à la science du langage. Le contact des missionnaires et des prêcheurs de la foi chrétienne avec tant de peuples étrangers, parlant les idiomes les plus divers, se prolongea pendant plus de dix siècles sans qu’aucun d’eux conçût la pensée que les vieilles grammaires latines ne représentaient pas la grammaire en général et n’étaient que des rudimens enfantins. On considérait la langue de l’église comme la seule qui fût digne de ce nom ; la langue grecque elle-même avait le défaut d’être l’idiome des schismatiques, et l’hébreu n’avait que le mérite d’être la langue des Écritures et de passer pour avoir été enseigné à Adam par Dieu lui-même. Ainsi donc un concours durable de circonstances empêcha que l’on vît dans les idiomes étrangers ou modernes autre chose que des productions barbares et de simples instrumens nécessaires à la propagation de la foi. Quant à l’enseignement des laïques, d’abord, avant la réforme en Allemagne, avant la révolution chez nous, il n’était guère donné que par des prêtres et des religieux; ensuite il ne portait